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Elisabeth Zucman, psychiatre aujourdhui à la retraite, décrivait dans un long dossier paru dans le numéro 263 de Lien Social les circonstances tragiques qui avaient présidé à lévolution des milieux médicaux dans lesquels elle évoluait dans les années 60. Cest en effet la mort dun jeune patient confié à une équipe pourtant tout à fait compétente dun hôpital qui permit alors de comprendre : « quun enfant qui a tout reçu de sa seule maman 24 heures sur 24 pendant 10 années, devenait inapte à vivre sans elle du jour au lendemain. » Cest ainsi quest né en 1965 le Service daide éducative à domicile, lune des premières structures préfigurant les SESSAD. Quoiquil faille parfois passer par certaines extrémités pour ouvrir les yeux, toutes les expériences qui virent le jour neurent bien sûr pas à leur origine de tels drames. Dans les années qui suivirent, aux quatre coins du pays, des expérimentations eurent lieu afin denvisager les modalités de création de services susceptibles de proposer une authentique alternative au placement en établissement. Les publics visés par ces nouveaux dispositifs étaient des plus diversifiés : problèmes physiques ou mentaux, difficultés caractérielles ou scolaires, conflits relationnels ou retard dans laccession à lautonomie. À chaque fois, il sagissait bien dune volonté à la fois de faire sortir laction médico-sociale hors des murs de linstitution et dentrer dans une relation interpartenariale afin de répondre au plus près des difficultés des enfants ou adolescents avant que celles-ci ne nécessitent un internat spécialisé.
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Ludovic est âgé de 8 ans. Il rencontre de grosses difficultés tant à la maison quà lécole. La maîtresse est confrontée de sa part à une grande instabilité, à un retard global et à un déficit intellectuel, elle a saisi la Commission de circonscription préscolaire et élémentaire. À la maison, Ludovic est décrit comme intenable, toujours en mouvement : on a limpression quil est à laffût de la moindre bêtise expliquent ses parents, notamment depuis la naissance de sa petite sur il y a de cela deux ans. La Commission départementale déducation spéciale (CDES) a notifié une orientation en CLIS (Classe dintégration scolaire) pour la rentrée prochaine et un suivi en SESSAD dès à présent. Une première rencontre est donc organisée dans le service daide à domicile. Y assistent lenfant, ses parents, les éducateurs, le psychiatre et linstituteur. Un large échange a lieu. Il sagit dans un premier temps détablir un diagnostic et de donner du sens aux problèmes posés. Aux explications apportées par les parents se rajoutent les données du rapport de la CCPE qui est lu. À la suite de cette première réunion, les professionnels se revoient et élaborent un Projet éducatif pédagogique et thérapeutique individualisé (PEPTI). Pour ce qui concerne Ludovic, le PEPTI est construit autour dune proposition despace déchange pour lenfant (un contact sera établi avec le Centre médico-psycho-pédagogique pour obtenir une première consultation psychothérapeutique), une confrontation à la réalité (en lintégrant à des activités de groupe déjà organisées par une éducatrice du service) et un soutien scolaire (linstituteur spécialisé du service rencontrera lécole et articulera son intervention sur les compétences de lenfant avec les acquisitions scolaires qui continueront à être travaillées par la maîtresse). En outre, un éducateur passera une fois par semaine dans la famille pour à la fois épauler les parents dans leur confrontation à leur enfant et favoriser laccès à lautonomie de ce dernier. La famille et lenfant sont à nouveau rencontrés. Le projet de PEPTI leur est lu. Ils y adhèrent sauf en ce qui concerne les contacts avec un psychologue. « Notre fils nest pas fou » affirme le père. Ce nest quau bout de plusieurs mois déchange avec léducateur qui se rend à domicile que la position des parents évoluera et que le contact avec le CMPP sera possible. Tout au long du suivi, des réunions de concertation se feront régulièrement avec les différents intervenants pour assurer une cohérence globale. Des rencontres avec les parents auront lieu dune manière tout autant assidue pour leur permettre de suivre lévolution de leur enfant et les adaptations proposées par léquipe.
Ce qui est nouveau dans les SESSAD réside bien dans le choix qui est fait que ce ne soit plus lenfant qui vienne vers lintervenant, mais celui-ci qui se déplace vers lenfant dans ses différents lieux de vie. La rencontre peut se dérouler au domicile familial, mais aussi à la crèche, à lécole, au centre aéré ou encore dans les locaux du service si la nature de lintervention et la proximité sy prêtent. Il ne sagit pas là simplement dun déplacement géographique, mais aussi dune autre perception du rapport à lusager. Et notamment de ses parents qui se voient inscrits dans un partenariat dans le cadre de laction engagée à légard de leur enfant. Cette évolution notable est bien entendu conforme à ce qui se passe dans le reste du secteur socio-éducatif. Cela fait quelques années que les professionnels ont abandonné la conviction dune famille formant un milieu pathologique dont il faudrait éloigner lenfant. Notre pays étant coutumier du fait, certains discours tombent dans lexcès inverse et nhésitent pas à désigner les parents comme « co-thérapeutes ». Certes leur implication nest pas une option. Elle a force de loi comme le précise la circulaire du 30 octobre 1989 portant application de la réforme des annexes XXIV (1) : « la famille doit être associée aux différentes phases du projet individuel, pédagogique, éducatif et thérapeutique, cest-à-dire à son élaboration, à sa mise en uvre, à son suivi régulier et à son évaluation. » Pour autant, ce même texte précise aussi : « la famille ne peut se substituer au thérapeute ou lui être assimilée ». On peut élargir ce raisonnement à tous les professionnels qui ne se placent pas dans la même position (du fait du point de vue distancié que leur donne leur formation) que des parents inévitablement et logiquement pris dans une logique affective. Les SESSAD, de par leur implication étroite avec les familles ont pu expérimenter cette nouvelle relation avec les familles. Ainsi sest posé le problème de lirruption dans lintimité de la famille avec tout ce que cela implique de part et dautre : lintervenant devenant parfois « trop bon » (au sens que Winnicott donnait à cette qualité quand il parlait quune mère doit être « enought good ») et réduisant ainsi les parents à une place de simple exécutants du modèle proposé ou au contraire mal acceptés dans ce qui est vécu comme une intrusion à laquelle on ne peut échapper.
Les SESSAD ne se situent ni dans le champ du social, ni dans celui de la thérapeutique, ni dans celui du pédagogique, mais à lintersection des trois. Ses objectifs daction recouvrent en effet à la fois le conseil et laccompagnement des familles et de lentourage familier de lenfant ainsi que la préparation de son autonomisation et de ses orientations ultérieures (ce qui relève du secteur socio-éducatif), à la fois lapprofondissement diagnostic et laide au développement psychomoteur (soin physique et psychique) et à la fois le soutien à lintégration scolaire (logique de lapprentissage). Ce véritable éclatement de son domaine dintervention oblige le SESSAD à entrer en relation avec une multitude de partenaires : Éducation nationale, pédopsychiatrie, services de traitement ambulatoire (CMP, CMPP), prévention sociale (Protection maternelle et infantile, Aide sociale à lenfance ). Cette place à linterface des différents intervenants a pu faire dire à certains quil pouvait y avoir un rôle de coordinateur à jouer. En effet, chaque service ayant des logiques distinctes, voire des méthodes parfois peu conciliables, une certaine cacophonie peut parfois régner. Il sagit bien plus de proposer un lieu déchange et de connaissance réciproque.
Pour Alain Depaulis, psychanalyste, « le SESSAD ne peut donc se concevoir que comme un espace ouvert, libre, favorisant surtout un questionnement permanent. Pour ce faire, il se doit de refuser de pérenniser aveuglément toute réponse, dans le sens où toute réponse risque denfermer le sujet. » (2) Le SESSAD doit donc rester un espace transitoire délaboration où se posent en permanence les interrogations qui permettent de vérifier ou dinvalider les réponses données à un moment précis afin de les reconduire, de les réajuster ou de les annuler.
Jacques Trémintin
Bibliographie : A lire « Essai didentification dun SESSAD » Communauté Éducative, revue trimestrielle de lANCE, n°103, juin 1998, 145 F. dont sest largement inspiré cet article.
(1) Les Annexes XXIV sont composés des textes réglementaires qui régulent les conditions de fonctionnement des établissements recevant les enfants et adolescents atteints de déficience. Cf Lien Social n°424 : « Les institutions à lépreuve des annexes XXIV ».
(2) « Essai didentification dun SESSAD », p.52.
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