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Que pensez-vous de la « médiatisation » du langage des jeunes de banlieues ?
Cest une question délicate car à y répondre on peut soit passer pour un réactionnaire soit emboucher les trompettes de la démagogie et de lhypocrisie. Or, en aucun cas il ne faut mépriser ou ignorer lexistant dautrui, quil soit culturel ou social. Les enfants et des adolescents des banlieues et dailleurs qui possèdent une langue constituée de quatre cents mots, de structures grammaticales très approximatives jouant sur la thèmatisation à outrance du type : « mon père, le chien il la mordu » avec une quasi-absence de maîtrise de la logique et de la chronologie, sont en situation de très grande vulnérabilité, car quiconque arrive vers eux avec un discours maîtrisé fort et structuré leur en imposera au sens le plus simple du terme, cest-à-dire quils nauront pas les armes pour le remettre en cause. En conséquence, je ne mextasie pas devant ces quatre cents mots, fussent-ils extraordinairement nouveaux, chatoyants, et amusants. Pour être clair, je dirai quavec ce lexique restreint, ils se font « couillonner » Or, ceux qui y voient une grande créativité, sont tout simplement des « démagos ». Il ny a pas de verbiage poétique dans les ghettos. Et jajouterai en linguiste, quil est nécessaire de regarder la langue, de la décrire de façon rigoureuse, mais aussi de lanalyser dans sa fonction sociale, dans ce quelle comporte de pouvoir et dinfériorisation. Dire que toutes les langues sont égales, cest très facile, mais il y en a qui donnent les clefs du monde, et dautres celles du ghetto.
Certains affirment cependant que cest aussi le terreau dune nouvelle culture ?
Ce nest ni une culture, ni une langue choisie, car elles sont subies. Ladolescent qui parle « banlieue de Sarcelles ou de Vénitieux », na pas fait le choix de sexprimer ainsi, et il est stigmatisé comme ne sachant et ne maîtrisant que ce vocabulaire. Or, de plus en plus de médias démagogiques prônent ce « parler banlieue ». Cest à mon sens méprisant ; dautant plus que ce sont ceux qui gardent précieusement les clefs du pouvoir linguistique qui proposent dapprendre à parler de cette façon.
Quand on est travailleur social et qu'on veut approcher ces jeunes, et disons-le se faire accepter, quelle langue utiliser ?
Cela demande du « doigté » car si le travailleur social emploi un langage trop châtié, le jeune peut se « bloquer » et se fermer. Finalement léducateur doit autant essayer de sadapter au maximum au verbiage des jeunes, autant que de temps à autre pouvoir dire cette simple phrase : « je ne tai pas compris » car cest essentiel. On pourrait ainsi appeler les éducateurs des « médiateurs de loccasion » qui aident le jeune à reformuler, et de manière opportune, sa façon de sexprimer. Ce serait faire uvre utile, car ces jeunes apprendraient alors à saisir le pouvoir de la langue, donc celui de linsertion, et du politique.
Propos recueillis par Guy Benloulou
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