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Ce nétait pas interdit aux plus de trente-cinq ans : les spectacles des Rencontres des Cultures Urbaines ont très tôt affiché complet, frustrant beaucoup dadolescents qui sy étaient pris trop tard. Un service de sécurité visible, beaucoup de filles, une ambiance garantie par des centaines de lascars pressés sous la Grande Halle de La Villette, certains groupes accompagnés déducs, une sono digne de ce nom, surdimensionnée, du genre à vous faire vibrionner les tympans jusquaux cloisons nasales, quelques (rares) effluves de shit, une atmosphère plutôt détendue.
Transcendant une violence physique sous-jacente, la danse est probablement un vecteur exemplaire de lexpression artistique urbaine ; nous avons donc été rencontrer, pendant ce mois effervescent, quelques moments qui bougent bien. Ça commence souvent de la même manière : une musique un peu planante, assez suave, jusquà ce que quelque chose se déchaîne, une rupture prévisible amenant un rythme plus nerveux, plus haché, plus électrique : ils sont neuf danseurs, de 11 à 17 ans, vêtus de vert ou dorange fluo, casquettés ; la chorégraphie est saccadée, les spots épileptiques ; un gamin réussit à enlever son tee-shirt en tournant, dune épaule à lautre, à fond sur lui-même, sous des applaudissements enthousiastes ou des lancements dindex en lair remplaçant peut-être les briquets de Woodstock Ce sont les Greemlins de Colomiers (Midi-Pyrénées), nés dun projet de création artistique à linitiative de léquipe danimation dune maison de quartier ; viennent ensuite les douze danseurs, majoritairement dorigine asiatique, du groupe nîmois Asia Posse : smurfant à toute berzingue, tourbillonnant hip hop, mariant parfois modern jazz et acrobatie dans leurs survêtements blanc et bleu marine, coiffés de bonnets, ils ne ménagent pas leur peine, tournent sur la tête, se jettent sur le sol en se récupérant sur une main, quelle santé ! Sur un scénario assez élaboré les sirènes urbaines, les simulacres de baston et le tonnerre alternent, en gros, avec la douceur dune théière arabe et de la musique raï , les six garçons de Yalatif passent de postures figées aux plus folles galipettes, roues, poiriers, pirouettes, sauts périlleux en évoquant, en voix off, les bienfaits de la distorsion hip hop, parfois quasiment athlétique, dans une bonne humeur communicative ; enfin, sous leurs bonnets de schtroumphs et leurs casquettes blanches, les treize danseurs sept filles espiègles et six garçons malins de Tout konte fait se dévissent, se déhanchent, serpentent, se rendent fantomatiques, sur une chorégraphie science-fictionesque (« nous sommes en 2056 », tonitrue une voix off, « il est interdit de penser, de parler » et bondissante (sauts périlleux arrière, gymnastique délurée et acrobaties diverses). Leur communiqué de presse indique que leur message entend prouver que « venir de banlieue ne veut pas forcément dire : drogue, violence et délinquance » (1). Dont acte.
De nouvelles formes dexpression et de langage sont apparues dans les dernières années, dont le graff, le mouvement hip hop ou les musiques urbaines ; groove, hip hop, boogaloo, rythmes africains, break, jazz, hype, contemporain, oriental, smurf, capoiera, de nombreux mouvements ont été représentés cette année à La Villette. Une médiatrice a même été nommée pour accompagner dans leur démarche de création les artistes ou les compagnies (2). « Ce phénomène avec tout lancrage territorial quil implique, toute lexpression quil autorise, tout le potentiel humain quil met en uvre est dévidence générateur de lien social », estiment les responsables de la programmation des Rencontres : en effet, cette deuxième édition, travail de soutien à la création dans les quartiers mélangeant, avec ses soixante-dix spectacles, les genres théâtre, cinéma, musique, vidéo, danse, photo, accompagnés dateliers divers a fortement assis son succès et son utilité. Les pratiques amateurs sont en expansion et lénergie déborde. Expression(s), reconnaissance des capacités des jeunes des quartiers, mélange des cultures, couleurs et créativité, instantanéité et rébellion, travail et positivité ont été intimement associés à ces rencontres. « Cet état des lieux de la création », a tenu à souligner Claude Bartolone, le ministre délégué à la Ville, « doit inspirer lambition sociale et culturelle qui sera au cur des prochains contrats de ville »
Dautres initiatives développent un programme analogue : ainsi, le 5 décembre 1998, Tissé Métisse, à Nantes, sera, comme son nom lindique, loccasion dun brassage des publics ; lassociation Droit de cité organise dans de nombreuses villes des ateliers décriture et de rap ; lassociation Hors les murs propose de développer et de promouvoir les arts de la rue ; à noter aussi que lAgence pour le développement des relations interculturelles (ADRI) recense, depuis 1995, des articles de fond de la presse généraliste, constituant une sorte de banque de données sur les cultures urbaines (3). Etc.
Joël Plantet
(1) Contacts pour les Greemlins :Yannis Rivière (danseur) - 5 allée du Vicdessos - 31770 Colomiers.Tél. 05 61 15 40 20.
Asia Posse - Inter Association APAZ (Ahmed Ben Mimoun) - 4 place Pythagore - 30900 Nîmes. Tél. 04 66 23 40 83.
Yalatif - Amin Benassa - 61 rue Paul Vaillant Couturier - 10100 Romilly-sur-Seine. Tél. 06 81 19 92 00.
Tout Konte fait - Jean-Paul Cusots (danseur chorégraphe de hip hop) 6 rue Albinet - 93300 Aubervilliers. Tél. 06 12 08 27 85.
(2) Muriel Morvan Mombelli - c/o EPPGHV - 211 avenue Jean Jaurès - 75019 Paris. Tél. 01 40 03 74 75.
(3) Nantes Atlantique Développement Tél. 02 40 41 55 00. Internet : http ://www. mairie-nantes.fr
Droit de cité - 18 rue Stephenson 75018 Paris - Tél. 01 53 09 92 10. E-mail : ddc@filnet. fr Internet : http ://www. ddcnet. org
Hors les murs 68, rue de la Folie-Méricourt 75011 Paris. Tél. 01 55 28 10 10. E-mail : info@horslesmurs. asso. fr Internet : http ://www. horslesmurs. asso. fr
ADRI - 4 rue René Villermé - 75011 Paris. Tél. 01 40 09 69 19 E-mail : info@adri. asso. fr Internet : http ://www.adri.asso.fr
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