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La prostitution Selon lestimation de lUnicef, environ 300 000 enfants de moins de seize ans travaillent dans des bars et des maisons closes, en Thaïlande. Il y aurait près de 30 000 prostitués mineurs à New York et de 10 à 15 000 à Paris. Certes, la Convention internationale des droits de lenfant prévoit linterdiction de toute prostitution enfantine et, en France, où la législation est particulièrement stricte, le Code pénal punit de cinq ans de prison les relations sexuelles rémunérées avec un enfant de moins de quinze ans, et de vingt ans de réclusion criminelle toute « atteinte sexuelle » sur un mineur de moins de quinze ans « commise avec violence, contrainte ou surprise ». Toutefois, de lavis unanime, il faut compléter larsenal des textes existants, et surtout les faire appliquer. Douze pays dont la France, les États-Unis, lAllemagne, la Belgique, etc. ont adopté des lois dextra-territorialité, leur permettant de réprimer sur leur sol des abus sexuels sur mineurs commis à létranger. Le Royaume-Uni, pour le moment, sy refuse. Dautre part, certains pays, terres délection du tourisme sexuel, ont, comme les Philippines ou même plus récemment la Thaïlande, entrepris de le réprimer.
Le « business » ou lenfant chef de famille Lexploitation des enfants par le travail est un fléau bien connu. De fait, depuis dix ans, les chiffres globaux proposés par les gouvernements et, par voie de conséquence, par le Bureau international du travail, sont nettement à la hausse. En 1979, le BIT avançait le chiffre de 52 millions ; en 1988, il frôle les 200 millions. La réalité est certainement beaucoup plus sombre encore. Le fléau ne frappe pas seulement les pays en voie de développement. La Société antiesclavagiste, dans une étude sur le travail des écoliers anglais tire le signal dalarme, en particulier au sujet des accidents. Elle cite une étude du Low Pay Unit portant sur 1 712 enfants au travail : 30,8 % avaient été blessés dans des accidents du travail. Un facteur de multiplication de ces accidents est lutilisation des produits chimiques. La lutte menée en 1985 aux États-Unis par le United Farmi WorkersUnion pour protéger les enfants travailleurs contre les pesticides dans la cueillette des fruits et des légumes, en Californie, permet dimaginer la situation dans le tiers-monde où les législations dans ce domaine sont inexistantes.
À côté de ces formes classiques dexploitation des enfants mineurs surgit une nouvelle forme plus pernicieuse de mise au travail des enfants. Dans les bidonvilles des cités sud-américaines et dans les ghettos des cités nord-américaines lenfant devient chef de famille grâce au « business ». Aux États-Unis, les enfants deviennent chefs de famille en grande partie grâce aux revenus tirés de la vente du crack. Un adolescent raconte comment il « louait » à sa mère son appartement pour quil serve au commerce de la drogue. « Je lui donnais 200 dollars par jour. Jouvrais à 7 h 30. Jallais à lécole à 8 heures ». Pendant la journée, grâce à sa sur notamment, les clients pouvaient venir sapprovisionner. Il gagnait jusquà 500 dollars par jour. « À 21 h 30, la boutique fermait ». Ainsi, le pouvoir familial change de mains. La France nest pas à labri de ce glissement.
Les mutilations rituelles Pratiquées dans vingt-six états africains ainsi quen Indonésie et en Malaisie, 75 à 85 millions de femmes de par le monde ont subi lexcision ou lablation du clitoris. Ces pratiques ont été importées en France au début des années 60. Juridiquement, un arrêt de la Cour de cassation du 20 août 1983 fait de lablation du clitoris une mutilation au sens de larticle 312 du Code pénal. De même, lavis rendu par la commission consultative des droits de lhomme, présidée par M. Jean-Pierre Pierre-Bloch, va dans ce sens : « Nul droit à la différence. Nul respect dune identité culturelle ne saurait légitimer des atteintes à lintégrité physique de la personne, telle lexcision, qui ont le caractère de traitements criminels ». Dautant plus que lexcision nest préconisée par aucune religion. Seule la circoncision des garçons lest, tant dans la religion hébraïque que musulmane. De fait, ces pratiques devraient disparaître. Pourtant certains pays occidentaux, comme lItalie, ont confirmé lexistence de dispensaires et dhôpitaux du système national de santé qui pratiquent la clitoridectomie sur des fillettes africaines. En France, une telle pratique est officiellement impensable. Le code de déontologie médicale stipule, dans un décret du 28 juin 1979 : « aucune mutilation ne peut être pratiquée sans motif médical sérieux et, sauf urgence ou impossibilité, quaprès information des intéressés et avec leur consentement ».
Ainsi la route est fort longue qui mène au respect des droits de lenfant !
Philippe Gaberan
Pour en savoir plus :
Claire Brisset, La prostitution des mineurs, commerce mondial, Le Monde diplomatique, août 1996 et dossier : enfances saccagées, Le Monde Diplomatique, août 1988
Jacques Decornoy, les enfants du pouvoir dans Le Monde Diplomatique doctobre 1989
Dominique Vernier, droit à la différence contre droit de lenfant, la blessure de lexcision, Le Monde Diplomatique, octobre 1988
Tous les articles du Monde diplomatique sont accessibles et classés par rubriques sur le CD Rom Le Monde diplomatique 1987-1997
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