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Au début des années 80, le rapport qui porte mon nom, s'appuyait sur les missions locales qui proposaient des solutions dinsertion professionnelle et sociale à des jeunes en difficultés. Ces structures restent très importantes car elles représentent pour beaucoup de jeunes, le seul lieu de « désisolement », où on peut les écouter, les accueillir et avec eux, chercher une solution à leurs problèmes. Mais depuis, le chômage des jeunes sest aggravé et les missions locales ne peuvent plus suffire. Les emplois-jeunes sont donc d'un intérêt considérable.
Létude de terrain, que je mène depuis quatre ans à partir des territoires de Belfort, de Saint-Denis, et de Grenoble, confirme que lopération « nouveaux services, nouveaux emplois » est un projet politique et social majeur. Pour la première fois un gouvernement organise pour les jeunes une accessibilité à de vrais emplois pour répondre à de réels besoins non, ou mal, gérés.
Ne pensez-vous pas là plus particulièrement au travail social ? Autrement dit que les professionnels de ce secteur ne font pas tout ce qu'ils peuvent ou tout ce qu'ils devraient faire ?
Pas du tout, mais c'est une question très importante. On sait, par expérience, que dans lorganisation du travail, linsertion dun emploi nouveau impose souvent des modifications notables des emplois voisins. Alors, bien sûr, le risque existe que des travailleurs sociaux se sentent dépossédés de leur fonction daide et daccompagnement. Mais la majorité des professionnels du social constatent qu'ils nont plus le temps d'effectuer toutes les tâches qui leur sont demandées. Par exemple, la caractéristique des emplois proposés, au-delà de la fonction danimation, étant lamélioration de la convivialité, pour rendre plus agréable la vie quotidienne des personnes, il ne sagit pas dôter aux travailleurs sociaux la partie qualifiante de leur emploi. Ils n'ont donc aucune crainte à avoir, et ils devront au contraire contribuer à rendre ces nouveaux emplois pérennes, et en tout cas qualifiants afin que les jeunes qui ny restent pas après les 5 ans ou veulent les quitter avant, augmentent leurs chances là où il y a des emplois potentiels.
Justement, pouvez vous donner un exemple, comme ça, d'un « emploi potentiel »
Eh bien, imaginons une police qui a demandé à une ville de créer des emplois-jeunes de « présence ». Certes on sait que la présence peut-être utile, mais il faut absolument dépasser ce terme, et donner des cas nombreux où, telle absence a eu tel effet néfaste, et où peut-être, telle présence (mais pour avoir fait quoi) aurait été utile ; telle présence a eu, de fait, tel effet positif. Et il faut aussi toujours en évaluer les coûts. Cest le seul moyen de construire les nouvelles activités, den analyser la solvabilité, et de convaincre. On sait que le succès et la richesse des expériences tiennent au fait que les gens découvrent eux-mêmes, créent et ressentent.
Pensez-vous que les élus vous suivront ?
Il est sûr que cest un projet exigeant, mais c'est aussi un vrai projet politique. Je ne sais pas si mon étude et mes propositions seront reprises. Mais lincantatoire ne deviendra réalité que si les élus simpliquent et ne laissent pas lanimation aux seuls techniciens. Il sagit dune construction commune et dune forme vraiment nouvelle de participation des uns et des autres. Alors faut-il imposer tout cela et qui le fera ? À mon sens, la seule réponse est la nécessité. Les élus qui sy lanceront nauront pas le choix
Propos recueillis par Guy Benloulou
Bertrand Schwartz est chargé par des élus de certaines villes de monter et détudier les projets des « nouveaux métiers nouveaux services »
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