Des vrais boulots pour des vrais besoins

Numéro 462, 12 novembre 1998


Les emplois-jeunes sont d'un intérêt considérable

Par Bertrand Schwartz

« C'est un vrai projet politique. Il s’agit d’une construction commune et d’une forme vraiment nouvelle de participation des uns et des autres »

 Comment évolue l’insertion des jeunes, depuis votre premier rapport au début des années 80 ?

Au début des années 80, le rapport qui porte mon nom, s'appuyait sur les missions locales qui proposaient des solutions d’insertion professionnelle et sociale à des jeunes en difficultés. Ces structures restent très importantes car elles représentent pour beaucoup de jeunes, le seul lieu de « désisolement », où on peut les écouter, les accueillir et avec eux, chercher une solution à leurs problèmes. Mais depuis, le chômage des jeunes s’est aggravé et les missions locales ne peuvent plus suffire. Les emplois-jeunes sont donc d'un intérêt considérable.

L’étude de terrain, que je mène depuis quatre ans à partir des territoires de Belfort, de Saint-Denis, et de Grenoble, confirme que l’opération « nouveaux services, nouveaux emplois » est un projet politique et social majeur. Pour la première fois un gouvernement organise pour les jeunes une accessibilité à de vrais emplois pour répondre à de réels besoins non, ou mal, gérés.

Ne pensez-vous pas là plus particulièrement au travail social ? Autrement dit que les professionnels de ce secteur ne font pas tout ce qu'ils peuvent ou… tout ce qu'ils devraient faire ?

Pas du tout, mais c'est une question très importante. On sait, par expérience, que dans l’organisation du travail, l’insertion d’un emploi nouveau impose souvent des modifications notables des emplois voisins. Alors, bien sûr, le risque existe que des travailleurs sociaux se sentent dépossédés de leur fonction d’aide et d’accompagnement. Mais la majorité des professionnels du social constatent qu'ils n’ont plus le temps d'effectuer toutes les tâches qui leur sont demandées. Par exemple, la caractéristique des emplois proposés, au-delà de la fonction d’animation, étant l’amélioration de la convivialité, pour rendre plus agréable la vie quotidienne des personnes, il ne s’agit pas d’ôter aux travailleurs sociaux la partie qualifiante de leur emploi. Ils n'ont donc aucune crainte à avoir, et ils devront au contraire contribuer à rendre ces nouveaux emplois pérennes, et en tout cas qualifiants afin que les jeunes qui n’y restent pas après les 5 ans ou veulent les quitter avant, augmentent leurs chances là où il y a des emplois potentiels.

Justement, pouvez vous donner un exemple, comme ça, d'un « emploi potentiel »

Eh bien, imaginons une police qui a demandé à une ville de créer des emplois-jeunes de « présence ». Certes on sait que la présence peut-être utile, mais il faut absolument dépasser ce terme, et donner des cas nombreux où, telle absence a eu tel effet néfaste, et où peut-être, telle présence (mais pour avoir fait quoi) aurait été utile ; telle présence a eu, de fait, tel effet positif. Et il faut aussi toujours en évaluer les coûts. C’est le seul moyen de construire les nouvelles activités, d’en analyser la solvabilité, et de convaincre. On sait que le succès et la richesse des expériences tiennent au fait que les gens découvrent eux-mêmes, créent et ressentent.

Pensez-vous que les élus vous suivront ?

Il est sûr que c’est un projet exigeant, mais c'est aussi un vrai projet politique. Je ne sais pas si mon étude et mes propositions seront reprises. Mais l’incantatoire ne deviendra réalité que si les élus s’impliquent et ne laissent pas l’animation aux seuls techniciens. Il s’agit d’une construction commune et d’une forme vraiment nouvelle de participation des uns et des autres. Alors faut-il imposer tout cela et qui le fera ? À mon sens, la seule réponse est la nécessité. Les élus qui s’y lanceront n’auront pas le choix…

Propos recueillis par Guy Benloulou

Bertrand Schwartz est chargé par des élus de certaines villes de monter et d’étudier les projets des « nouveaux métiers nouveaux services »


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