Téléspect-acteurs et consom'acteurs

Numéro 461


François Manceaux, comment est née l’idée d’une télévision citoyenne ; et quelles difficultés rencontrez-vous pour la faire exister ?

C’est une initiative qui est née d’un constat sur la situation des médias, et du rapport des citoyens avec ceux-ci. Ainsi l’information nourrie par les idées singulières d’un auteur qui n’entre pas dans la norme de l’entreprise censée les reproduire, est tout simplement censurée. Actuellement la couleur des « news » est bien souvent asservie à la couleur du capital du média lui-même. Il est fondamental de faire naître une alternative qui serait participative et citoyenne. Notre télé création citoyenne repose donc sur les acteurs qui vont l’utiliser et la nourrir. C’est un pari. Il est difficile à gagner puisque nous devons trouver des partenaires qui acceptent d’investir dans un média dont ils ne seraient pas sûrs d’être forcément majoritaires et où ils seraient obligés d’accepter de partager le jeu des responsabilités. Nous sommes entrés dans un processus où finalement à l’inverse des télévisions actuelles, la nôtre fonctionne selon un mécanisme axé sur la base des acteurs citoyens téléspectateurs.

Cela signifie-t-il que vous désirez « dépassiviser » le téléspectateur ?

C’est effectivement tout l’enjeu de notre pari. Le journaliste actuel et habituel est tout puissant car généralement l’information part du haut vers le bas, alors que chez nous c’est l’inverse : il faut écouter l’information qui émane du citoyen et l’accompagner. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons élaboré d’une part une charte citoyenne avec quatre articles articulés autour du respect des droits de l’homme et une déclaration des droits du téléspectateur. Notre télé création citoyenne a vocation à dessiner le cercle d’une communauté d’intérêts citoyens. A partir de là, toutes les valeurs de la démocratie doivent y être réappropriées par les citoyens eux-mêmes.

Comptez-vous être un outil au service du travail social ?

Si on pouvait être l’outil privilégié des travailleurs sociaux qui sont quotidiennement confrontés à la souffrance et à l’exclusion, et aussi en conséquence à ceux qui votent « contre » la démocratie et non pas « pour »..., télé création citoyenne réussirait son pari. Nous ne sommes ni une télévision spectacle, ni une télé-chiante ; mais un outil et un média avec l’appropriation par les citoyens qui vont interférer sur la couleur idéologique de ce matériau. C’est un outil multiforme : un médium avec Internet + texte, Internet + images et son, une télévision interactive, une radio et un journal numérique. C’est donc une offre de services globalisés. C’est en conséquence un outil au service de l’utilisation citoyenne pour la société de l’information.

Quand comptez-vous commencer ?

Il nous faut 50 000 abonnés, et tenir un autofinancement, comme une auto responsabilisation de vouloir faire exister l’alternative. Ce sera difficile, mais nous tenterons de commencer à exister de manière télévisuelle fin 1998.

Propos recueillis par Guy Benloulou

* François Manceaux est président de télé création citoyenne.


Revenir à l'index, à la page de garde.