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Comment percevez-vous la circulaire en matière de délinquance juvénile qui, dit Elisabeth Guigou (voir ci-contre), « favorise chez le mineur un processus de responsabilisation ainsi quune prise de conscience de la loi pénale et des conséquences de sa violation à légard de la victime et de la société » ?
Par cette circulaire, ladministration annonce quon va donner plus de place au Parquet, donc retirer du pouvoir aux juges des enfants. Ainsi dès la plainte déposée, et le délit constaté, le Parquet va pouvoir aller vite, et engager une action juridique. La raison avancée est d'être plus clair avec les jeunes. Mais de fait ces décisions se prennent sans lavis du juge des enfants, donc en contradiction avec lesprit de lordonnance de 45. Règle-t-on quelque chose en transférant cette contradiction du cabinet du juge des enfants au bureau du procureur ? Jen doute fort.
Cependant répondre plus rapidement aux actes de délinquance et responsabiliser les familles trouve un écho favorable auprès de l'opinion ?
Bien sûr il faut répondre aux actes de délinquance qui sont posés par les jeunes, et ce, le plus vite possible, par nécessité éducative, mais faut-il pour autant prendre des mesures générant des effets pervers ?
Le problème majeur de la PJJ est quelle ne sest jamais sentie confortée dans ces missions sur du long terme. Cest-à-dire quon se trouve face à une administration à qui de temps en temps, on donne un coup de pouce en termes de personnels ou de budget de manière à la maintenir en survie, mais jamais on ne la confirme suffisamment pour quelle exerce correctement ses missions. Cette année, le budget qui lui est alloué par le ministère est correct, mais quest-ce qui garantit que lannée prochaine ce ne sera pas linverse ?
Dans lEssonne, par exemple, le procureur de la République se trouve obligé de refuser de signer les contrats locaux de sécurité, sur certaines villes, car il ny a pas suffisamment déducateurs auprès du tribunal : certains services reçoivent des mesures des juges des enfants, mais il faut attendre six mois avant quun éducateur puisse intervenir
C'est vrai aussi que certaines familles nassurent pas leur tâche éducative auprès de leurs enfants, mais les sanctionner par le retrait des allocations familiales ou autres, en pensant ainsi être efficaces, cest réellement se moquer du monde. Dautant que la circulaire en matière de délinquance juvénile, ne dit pas un mot de létat de détresse sociale dans lequel se trouve une bonne partie de la population aujourdhui. Or, beaucoup de ces familles nont que ces maigres ressources pour vivre. Comment un père sans travail qui ne touche que les « alloc », va-t-il résoudre le problème éducatif de son fils ou de sa fille si en plus on lui retire, ce qui lui reste de dignité ?
Propos recueillis par Guy Benloulou
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