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Le quartier qui avait envie de vivre et la cité qui avait peur de mourirLes habitants de lensemble de La grande Borne à Grigny et ceux du périmètre de République à Paris ont en commun daimer lendroit où ils vivent. Un même sentiment, mais deux façons différentes de lexprimer. Instantanés sur deux endroits de France en 1998 |
A deux pas de la Place de la République à Paris, au 9 rue Beaurepaire, un centre daccueil et de soins pour toxicomanes a ouvert ses portes le 20 avril 1998.
Très vite, chez les habitants du quartier se sont définis clairement deux camps : d'une part, lassociation Côté Quartier, créée le 30 mars 1998, se constitue sur lidée « quun quartier, en étant solidaire et attentif, pouvait vivre positivement larrivée dun centre daccueil et de soins pour toxicomanes et pouvait par là même permettre à ce centre de réussir au mieux sa difficile mission » ; par des réunions, des rencontres, elle entend représenter une force de médiation entre les riverains, les intervenants du centre et les pouvoirs publics, tout en ayant une participation « critique et constructive » au comité de suivi. D'autre part, lassociation République Saint Martin 10e qui a vu le jour, elle, en janvier 98 craint une détérioration du quartier, laccroissement de la criminalité, la mise en péril des enfants et des adolescents. Elle reproche dentretenir, plutôt que de soigner, les toxicomanes. Elle préconise la fermeture immédiate de « La boutique » et la généralisation des « antennes mobiles », dans lesquelles peuvent être distribués des produits de substitution ; manifestations hebdomadaires devant la mairie, insultes parfois, compteur déplombé, menaces, pneus crevés, tensions diverses.
Le manque de concertation est évidemment déploré ; pourtant, une quinzaine de réunions dinformations se sont tenues depuis décembre 1997, des permanences ont eu lieu en mairie, sans parler du comité de suivi rassemblant toutes les tendances (établissements scolaires, associations, police, habitants ). La vraie question est peut-être ailleurs : crainte de la chute du prix de limmobilier, récupération politique, peur et ignorance entretenues de la politique de réduction des risques sanitaires et sociaux ? Ici, de fait, on frôle lentrave à la liberté du travail. La tension ne cesse de monter. Fin mai, un conseil darrondissement sur la question se solde par lévacuation de la salle par les forces de lordre.
À quoi ressemble ce centre sulfureux de la rue Beaurepaire ? Nous sommes allés le visiter avant lété : y travaillaient avec le comité dopposants à la porte une chef de service éducatif, un médecin (à temps partiel), un infirmier, une assistante sociale plein temps, trois des quatre postes et demi déducateurs. Un groupe de parole, lorsque nous sommes arrivés, se tenait ; léquipe nous définira son travail comme « un lien entre la rue et les institutions », soulignant ainsi limportance de lorientation. Une quinzaine de personnes toxicomanes y passaient alors quotidiennement (ils seront plus de vingt par jour en septembre). Le lieu leur propose douches et lavabos, machines à laver et à sécher le linge. Ouvert du lundi au vendredi de 10 heures à 18 heures environ, les usagers de drogue peuvent y trouver écoute et soutien psychologique, soins infirmiers et consultations médicales, halte restauratrice (linge, café), informations et orientations diverses, conseils administratifs et juridiques, accompagnement social, etc. On est en droit dêtre sceptique sur le scepticisme des opposants.
Saisie pour trouble de voisinage et atteinte à lordre public, la huitième chambre du tribunal de grande instance de Paris a nommé, en mai dernier, une mission de conciliation, confiée à Michèle Dufour, conseillère honoraire à la Cour de cassation spécialisée en droit du voisinage ; parallèlement, Bernard Pissaro, professeur de santé publique, était nommé comme médiateur par le secrétaire dÉtat à la Santé, Bernard Kouchner.
Mais à la rentrée, les choses sannoncent mal pour le centre de la rue Beaurepaire : la médiation judiciaire propose une concertation pour une « relocalisation », en dautres termes la fermeture du centre et son éventuel déplacement. La DDASS est censée monter un improbable protocole entre les parties adverses. Le 12 octobre dernier, une centaine de personnes manifestaient encore, dont une conseillère de Paris et quelques élus municipaux, sous la banderole « Délocalisation = expulsion = exclusion » ; une délégation était reçue, pour sentendre dire que les discussions autour de la relocalisation allaient durer quelques mois : mais lavenir de ce lieu de prise en charge sest considérablement assombri. Le 26 novembre prochain, la décision du tribunal sur la plainte de lassociation des contre sera rendue.
Léo Grenel
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