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Sous le titre : « Assurer les bases de lAutorité parentale pour rendre les parents plus responsables », le rapport dresse un état des lieux de lautorité parentale dans la France daujourdhui, tant sur le plan juridique quéducatif, avec, en préalable, la dénonciation vigoureuse des propositions de sanctions contre les parents « défaillants ». Ceux-ci, eux-mêmes le plus souvent en grande difficulté, ont surtout besoin de soutien et « si lÉtat ne peut se désintéresser de léducation de ses futurs citoyens, il ne peut y parvenir quen faisant des parents ses alliés, non des boucs-émissaires. »
Historiquement, la parentalité a subi bien des aléas : dun côté, depuis la Révolution, le statut du père et le concept dautorité nont cessé dêtre affaiblis par les interventions croissantes du secteur public dans la cellule familiale, par les bouleversements sociologiques et juridiques comme lémancipation des femmes ou la reconnaissance des droits de lenfant Dautre part, la loi du 4 juillet 1970, en préférant le terme « dautorité » à celui de « responsabilité », et en ninscrivant pas le rôle particulier de lÉtat dans lexercice de la parentalité, a pu laisser croire que celle-ci concernait exclusivement la sphère privée, « légitimant » ainsi, pour certains, une sorte de toute-puissance paternelle ou maternelle Afin dempêcher « lappropriation personnelle de la parentalité », le deuxième rapport Bruel préconise donc diverses mesures dont « linterdiction du déni de parentalité », interdiction qui devrait être inscrite dans le Code civil et qui affirmerait que « nul ne peut, hors disposition légale ou décision judiciaire, faire échec à lexercice, par chacun des parents, de ses droits et devoirs ou de les dispenser de leur accomplissement. »
Ce qui, autrefois, « fondait » la famille, nest plus aujourdhui ni indissoluble ni même obligé. Aussi, avance le rapport, y aurait-il nécessité de redonner de la solennité à lacte de reconnaissance, qui devrait être « ritualisé » et seffectuer devant un officier détat-civil et non pas, comme nimporte quelle banale formalité administrative, devant un agent municipal Les recompositions familiales entraînent également trop souvent des dysfonctionnements de la parentalité : soit que les parents soient très éloignés et que celui qui na pas la garde se trouve, de facto, empêché dans lexercice de sa parentalité, soit que le remariage de celui qui a la garde redessine la cellule familiale et que, faute de statut, le beau-parent soit « interdit » de tout acte éducatif. Alain Bruel et Irène Théry se retrouvent daccord pour préconiser une « complémentarité entre les parents, seuls vecteurs généalogiques inscrivant lenfant dans la lignée et les beaux-parents, chargés de simples responsabilités générationnelles à légard des enfants de leurs conjoints ». Néanmoins, la pluralité des situations a engagé le groupe de travail à la prudence et laissé le champ ouvert à des solutions diversifiées comme le mandat, la délégation, voire ladoption simple.
Bien évidemment, avec un président comme Alain Bruel, juge des enfants, le groupe de travail ne pouvait manquer de sinterroger sur les effets dune mesure éducative judiciaire sur la parentalité. Si le risque dune « érosion insidieuse » de cette parentalité nest pas à négliger en milieu ouvert, les choses sont encore plus complexes en cas de placement. Rappelant les possibilités de réglementation de lautorité parentale accordée au magistrat, et en particulier larticle 375 -7 a.1 qui affirme que les parents conservent (sur lenfant placé) lautorité parentale et en exercent tous les attributs qui ne sont pas inconciliables avec lexercice de la mesure. », le rapporteur estime que « cette disposition est trop vague pour être opérationnelle » et quil « serait souhaitable dattribuer au juge des enfants le pouvoir de prononcer après débat contradictoire des mesures de suspension partielles et/ou temporaires de lexercice de certains attributs de lautorité parentale. » Toujours dans le cadre des mesures ordonnées par le juge, mais sagissant cette fois des investigations, une meilleure information des parents et une audition préalable seraient plus conformes au souci de responsabilisation de ces derniers.
Outre diverses propositions visant à éviter les interférences entre statut parental et aides sociales mais également à maintenir certains avantages sociaux pour le parent bénéficiant du droit de visite, le rapport insiste sur la mise en uvre dune volonté éducative, avec une « sensibilisation à la parentalité » pour les grands adolescents, la multiplication des lieux découte, de conseil, de médiation, pour tous, lencouragement aux rencontres communautaires et multigénérationnelles et, surtout, la modification de laccompagnement socio-éducatif. Alain Bruel parle de « changement de perspective », égratignant des travailleurs sociaux suspectés de sacrifier à une « culture de guichet » et soucieux de « dispenser un savoir ou de proposer des modèles » ; cette refondation du travail social irait de pair avec une revalorisation de la profession de travailleuse familiale et une mixité plus exigeante dans les effectifs. Cette dernière partie, et principalement celle qui concerne les travailleurs sociaux, gagnerait à être approfondie et pourrait donner lieu à un troisième rapport. Pour celui-ci, le groupe de travail a rempli la mission qui lui était confiée, à savoir poursuivre une réflexion de nature à déboucher sur des recommandations précises. Sa conclusion, pour modeste quelle soit, va à lessentiel : « Sécuriser lautorité parentale, veiller à la continuité, à la cohérence de léducation, apporter au Code civil les remaniements nécessaires peuvent paraître une entreprise dérisoire ; mais dans le domaine que nous avons essayé de défricher, ce sont les fondements quil convient de restaurer. »
Mireille Roques
(1) Rapport présenté au ministère de lEmploi et de la Solidarité au nom du groupe de travail « Paternité » par Monsieur Alain Bruel - le 14 mai 1998.
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