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Démissionnaires, les familles ? Et si elles avaient surtout besoin d'un coup de main ... |
Priver certains parents d'allocations familiales, fixer la majorité pénale à seize ans, distribuer des amendes aux parents d'enfants délinquants, instaurer des allocs familiales à points (comme le permis de conduire), mettre sous tutelle éducative les familles « dépassées par les événements », etc. : les propositions ont afflué. Dans le journal Le Monde, le dessinateur Plantu, toujours aussi incisif, croque le 15 janvier 1998, sous le titre Les familles face à la délinquance des enfants, un tableau familial : vautré dans une bergère, l'ado, clope roulée (?) au bec et casquette à l'envers, lit le journal Le Monde avec en manchette « Johnny : "vive la coke !" » ; « le juge m'a dit de surveiller ses lectures ! », soupire une mère inquiète ; « de quoi je me mêle ? », s'énerve mollement le père, mal rasé, en robe de chambre.
« Si c'est la précarité contemporaine qui mène à la dé-parentalisation, les familles précarisées sont davantage "démissionnées" par les mutations de l'époque, les institutions et les pratiques du travail social qu'elles ne sont véritablement "démissionnaires" », estimait, fin mai dernier, Jean-Claude Sommaire, sous-directeur de la DAS dans le cadre d'une journée initiée par l'Observatoire des nouveaux risques sociaux (ONRS) (1).
En vue de mobiliser les ressources des familles, pour une plus grande responsabilisation, diverses initiatives ont, ces derniers temps, vu le jour : une cellule d'urgence, comprenant travailleurs sociaux, enseignants, gardiens d'immeubles et parents, est opérationnelle depuis fin 96 à Pierrefitte (93), qui a eu pour effet de faire cesser nombre de conflits de groupe bagarre aux portes d'un établissement scolaire, par exemple sans faire intervenir la police ; à Grigny, dans l'Essonne, une association de quartier mandate les familles les mieux implantées dans le tissu social local pour canaliser les actes de violences des jeunes ou des parents à l'égard d'enseignants ; le centre social de Chateauroux associe les parents avant et pendant le déroulement des actions de soutien scolaire, celles-ci n'ayant lieu qu'après la signature d'un contrat engageant leur présence ; des temps de présence familiale ont été également aménagés à la halte-garderie, par exemple pour préparer les fêtes de quartier ; à Chanteloup-les-Vignes, dans les Yvelines, une association, l'ASTI, implique les mères dans les actions de soutien périscolaire ; à La Rochelle, un atelier intitulé « parents et citoyenneté », dans le cadre d'un centre social, propose aux parents, dont certains sont orientés par la banque alimentaire locale, une aide spécifique en direction de leurs enfants.
Concernant la réimplication des pères, d'autres initiatives sont apparues : la régie de quartier d'Orléans a embauché des pères au chômage pour l'entretien des espaces communs, les jeunes devenant alors autrement respectueux des lieux ; le conseil communal de prévention de la délinquance de Montauban a fait le choix d'envoyer les animateurs, avant toute sortie collective, dans les familles pour obtenir l'autorisation des pères qui, autrement, ne se seraient pas déplacés ; dans la région dijonnaise, un service éducatif associe les pères à l'apprentissage anticipé de la conduite en vue d'obtenir le permis B; dans le Val-de-Marne, l'association Léo Lagrange adapte ses activités en fonction des problèmes décelés chez les pères étrangers : ils sont ainsi aidés à retrouver un statut de chef de famille, davantage opérants dans les actes de la vie sociale et, note l'enquête, « il a été constaté une baisse des tensions avec les représentants de l'administration, souvent alimentées par les adolescents qui en étaient les interlocuteurs » ; à Nantes, les éducateurs spécialisés, via une agence pour le développement des relations interculturelles, ont engagé une étude fine sur le rôle des pères maghrébins dans l'éducation, en vue de les associer à des actions de prévention de la délinquance.
Des passerelles de toutes sortes favorisent l'exercice de l'autorité parentale, à partir du moment où elles sont établies entre familles et institutions : le théâtre, par exemple, peut faire émerger des revendications d'adultes se sentant laissés pour compte ; des ateliers artistiques d'échanges entre parents et enfants sont, de même, proposés dans certains centres sociaux ; Transformation Thérapie Sociale, en Seine-Saint-Denis, a sensibilisé les parents à une démarche de rapprochement entre agents de service public et jeunes des quartiers en difficulté, tentative à rapprocher de celle de l'association strasbourgeoise Espace Liaison Statégies d'Ouvertures (ELSO) qui organise des rencontres entre conducteurs de bus et jeunes des cités.
Le centre de ressources Profession banlieue (2) émet ainsi quelques propositions : des accueils à plus bas taux de tolérance pourraient être imaginés dans certains lieux, tels les conservatoires de musique ; pourquoi ne pas créer, d'autre part, des lieux d'écoute et de solidarité pour les parents désarmés, « et des lieux alternatifs où un travail éducatif pourrait se faire avec eux » ?
Sur le plan juridique, d'autres idées sont apparues : la loi attribue actuellement les prestations familiales au parent qui a la garde : ne serait-il pas envisageable de souligner la persistance du devoir d'éducation du parent non gardien en lui attribuant un pourcentage de ces prestations ? L'adulte, d'autre part, qui exerce une fonction paternelle pourrait-il accéder, et comment, à une partie d'autorité parentale ? Enfin, un délit de déni de parentalité, inscrit dans le Code pénal, pourrait être ainsi défini : « le fait pour un parent, en employant des manuvres frauduleuses, de nature à tromper son enfant sur l'existence même, ou sur le comportement de l'autre parent, de provoquer une rupture affective préjudiciable à son intérêt, et de s'assurer par ce moyen le monopole de son affection »...
Joël Plantet
(1) ONRS - 43, avenue des Marguerites - 77340 Pontault-Combault. Tél. 01 60 29 40 07. Une enquête, réalisée par H. Cornière, avait auparavant recensé les initiatives locales évoquées dans cet article.
(2) Profession banlieue - Contact Bénédite Madelin - Tél. 01 48 09 26 36.
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