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Fanta, entre le Mali et la France

Numéro 455, 24 septembre 1998

Parcours d’une femme-relais-médiatrice-interculturelle

 

Au quotidien, Fanta porte volontiers le pantalon mais quand elle rend visite à son père, elle revêt le costume traditionnel. Fanta est née au Mali voilà trente-six ans et elle s’est installée en France depuis sept ans. Son père était parti très tôt travailler en France, laissant au pays sa femme mais aussi une co-épouse. La mère de Fanta qui, non seulement devait vivre séparée de son mari mais assumer en outre la charge de toute la famille, ne supportait pas cette situation et avait demandé le divorce.

Toute enfant, Fanta a donc une idée bien arrêtée sur la polygamie. Elle veut être enseignante. Elle se laisse convaincre de se marier à 16 ans mais à condition de ne pas arrêter ses études ; et malgré l’arrivée de deux enfants, obtient son diplôme.

Son mari lui a donné sa parole qu’il ne prendrait jamais une deuxième épouse. En 1985, Fanta part en France rendre visite à son père. Quand elle revient, une co-épouse est installée à la maison. Colère, indignation, souffrance… mais que peut-elle faire, sans argent, avec maintenant trois filles et personne sur qui compter ? D’ailleurs, le mari se lasse vite de sa nouvelle épouse et divorce. Fanta reprend sa place et accouche du garçon tant attendu.

En 1989, Fanta effectue une nouvelle visite à son père en France et y accouche de son cinquième enfant — une fille ! A son retour : même scénario. Suivi d’un nouveau divorce. Et, quelque temps plus tard, un nouveau mariage, sans plus de succès. Fanta a beau être la seule à tenir la distance, sa décision est prise. Elle demande sa retraite par anticipation et le pécule lui permet d’entreprendre un nouveau voyage — le dernier, cette fois — et de s’installer en France avec ses deux plus jeunes enfants. Elle a dû se résoudre à laisser derrière elle les trois aînées, avec promesse de les faire venir le plus tôt possible. Mais les choses ne sont pas faciles pour elle : son père lui ferme sa porte, son mari multiplie les pressions, elle doit recourir à des amis pour son hébergement. Elle trouve du travail, un logement, entame une procédure de divorce… Surtout, elle fait la connaissance d’autres femmes, elles-mêmes en difficulté, et éprouve la puissance de la solidarité : ensemble, elles évoquent leur pays d’origine, mais apprennent aussi à mieux comprendre le pays d’accueil. Bientôt, elle met son expérience d’enseignante au service des plus démunies et donne bénévolement des cours d’alphabétisation — elle bénéficiera plus tard d’un CES. Elle s’est également liée avec la responsable d’une association de médiatrices — l’ANFRMI — et lorsque celle-ci quitte son poste, en 96, c’est elle qui reprend le flambeau.

Entre temps, elle a rencontré Philippe. « Je n’aurais pas pu me remarier avec un Africain, avoue-t-elle ; j’ai été trop marquée par ce que j’ai vécu. Beaucoup de mes amis sont choqués que je puisse dire cela ; mais c’est ainsi… »

Aujourd’hui Fanta est salariée depuis peu par la municipalité d’Epinay pour mener une action de médiation auprès des femmes nouvellement arrivées et continue à intervenir sur Bobigny, principalement dans le cadre de la PMI. Elle met désormais toute son énergie à faire venir les trois enfants qui, du Mali, lui lancent des SOS : le père les a confiés à la famille ; il ne s’en occupe pas mais n’est pas prêt pour autant à renoncer à ses prérogatives.

Quand les femmes évoquent devant elle les mariages précoces, la polygamie, la toute-puissance des maris et des pères, Fanta sait ce que cela signifie de souffrance. Et elle dit que l’on peut s’en sortir, malgré tout. Pour preuve.

M.R.

ANFRMI — Association nationale — Femmes relais-médiatrices interculturelles

PMI Oslo — 8 bis rue d’Oslo 93000 Bobigny


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