Le médiateur nouveau arrive !

numéro 455, 24 septembre 98

Tiers neutre, impartial et... compétent

Une démarche philosophique s’impose à ce «technicien». Elle passe par sa capacité à s’interroger sur lui-même, à réfléchir sur son rapport à l’autre et enfin à connaître et à comprendre l’autre. Non dans une perspective de chercher qui a tort, mais bien comment on peut faire en sorte de vivre malgré tout ensemble. Serait-ce là le prototype d’un futur travailleur social ?

Que se passe-t-il dans la démarche de médiation ? On se refuse à opposer stérilement deux contraires en prétendant vouloir trancher pour l’un ou pour l’autre. On considère que chacun n’est pas tout à fait ce qu’il est et possède en lui suffisamment de contraire pour se transformer et adopter une position tierce qui convienne à chaque partie, même si ce n’était ni son désir du départ, ni l’objectif forcément projeté à l’origine. La négociation, l’échange a fait bouger, a fait évoluer les choses.

C’est le cas pour la médiation pénale (1) qui se fixe pour objectif à la fois de protéger les intérêts de la victime et de l’ordre public et à la fois d’assurer le reclassement de l’auteur de l’infraction. Ce qui est visé, c’est bien d’obtenir une réparation qu’elle soit financière, matérielle ou symbolique. La victime se sent alors reconnue dans le préjudice qu’elle a subi et l’auteur de l’infraction est réinscrit dans la logique du contrat social qu’il a préalablement violée.

C’est le cas pour la médiation familiale (2) qui oppose à la négociation sur position (chacun campant sur une position bien arrêtée avec pour objectif de lâcher le moins possible) la négociation raisonnée. Il s’agit alors de découvrir derrière les positions arrêtées quels sont les intérêts et besoins en jeu et d’imaginer des solutions procurant un bénéfice mutuel. On passe ainsi d’une logique de guerre de tranchée à une reconnaissance mutuelle par un processus de négociation amenant les deux parties à élaborer elles-mêmes la solution adaptée à leur situation.

C’est le cas pour la médiation sociale (3) qui loin de fuir la relation conflictuelle entre les populations en difficulté et le reste de la société, cherche tout au contraire à recréer un lien dynamique entre ces deux pôles. Cela passe par le repositionnement des premières en situation d’actrices de leur changement et de la mobilisation de l’environnement pour qu’il change le regard qu’il porte sur elles. Le processus d’insertion n’est pas alors relié à l’unique focalisation stigmatisante sur les difficultés des exclus mais sur les dysfonctionnements qui amènent les uns à s’éloigner et les autres à les rejeter.

A chaque fois, l’intervenant agit en tant que tiers neutre, impartial et compétent visant à rétablir un minimum de communication. Technicien de la relation, il maîtrise les méthodes de résolution des conflits et agit dans une perspective maïeutique « d’accoucheur d’hommes ». Il cherche avant tout à permettre aux diverses parties en présence de se comprendre et de définir elles-mêmes les accords mutuellement satisfaisants. Prototype de nouveau travailleur social ? En tout cas, la démarche philosophique qui s’impose à lui passe par la capacité à s’interroger sur soi-même, à réfléchir sur son rapport à l’autre et enfin à connaître et à comprendre l’autre. Et ce, non dans une perspective de chercher qui a tort, mais bien comment on peut faire en sorte de vivre malgré tout ensemble. On retrouve là finalement la version moderne des vieilles traditions africaines des palabres interminables où ce dont il s’agit ce n’est pas de trancher, mais de chercher au cours de longues discussions à aboutir à un consensus et à une unanimité. Si notre culture ne nous permet pas de fonctionner dans cette logique, le médiateur n’en apparaît pas moins comme animé du désir de mettre les protagonistes d’accord.

Avec cette nouvelle méthodologie de résolution des problèmes et des conflits, on aborde une autre planète. Tout doucement, ces principes s’instillent et sont confrontés à la pratique du terrain. Ils provoquent des résistances, des doutes, des critiques. La théorie est là pour servir de support et de grille d’interprétation à la réalité que nous essayons de décoder.

La médiation ne constitue pas la nouvelle méthode révolutionnaire susceptible de venir régler toutes les difficultés. Elle vient prendre sa place aux côtés des autres approches et doit à ce titre ni vouloir s’imposer ni être exclue, mais doit pouvoir connaître les expérimentations qui permettront d’en définir la portée et les limites.

Jacques Trémintin

(1) « La médiation, essai de politique pénale » Jacques Faget, érès, 1997, (210 p.-145 F)

(2) « Médiation familiale, regards croisés et perspectives » Annie Babu et all, érès, 1997, (272 p.-160 F)

(3) « Nouvelles pratiques de médiation sociale, jeunes en difficulté et travailleurs sociaux », Dominique Bondu, ESF, (219 p.-144 F)


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