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Romorantin-Lanthenay : capitale de la Sologne. Dans cette petite ville bien tranquille de 19 000 habitants, personne
ne semble faire attention à la présence du véhicule frigorifique
identifié aux couleurs de la commune. Pourtant lExpress Renault
ne cesse de circuler partout, à travers les rues et artères, chaque
jour ouvré de la semaine. Il sarrête cinq-six minutes devant
des façades anodines, repart, effectue un court trajet, puis stationne
à nouveau. Derrière ce rite imperturbable, on devine lactivité
ordinaire de la livraison. Mais une livraison à domicile, qui
plus est de repas, et en particulier pour les personnes à mobilité
réduite, suscite la curiosité. Dautant plus que ce service a
aussi une fonction daccompagnement social.

Des personnes âgées deviennent dépendantes. Néanmoins beaucoup
de celles-ci veulent rester chez elles. Leur livrer de quoi se
nourrir à la maison peut devenir primordial. Et si en leur rendant
ce service dautres trouvaient ainsi un travail ? Explications
Le portage des repas à domicile, outre son objectif de répondre aux besoins alimentaires des populations âgées et (ou) dépendantes, peut également créer un lien entre la personne isolée et le monde extérieur. Dans notre société française, où lon comptait 3,6 millions de personnes de 75 ans et plus, en 1993, et où lon prévoit 4,2 millions pour lan 2 000 et 6 millions pour 2020, ce type de service devrait être promis à un bel avenir. Sans oublier que nous sommes déjà pleinement entrés dans lère du maintien à domicile des personnes âgées. Actuellement, les progrès médicaux, le développement des soins à domicile et lamélioration des conditions de confort et de sécurité (téléphone, télé assistance) vont dailleurs dans ce sens. Autrement dit, les services daide à domicile, et en loccurrence, celui du portage des repas, suscitent une indéniable amélioration de la qualité de vie.
Ladmission à ce service exige certaines conditions dâge, de niveau de dépendance et de revenus. Du coup, le portage des repas mobilise des acteurs sociaux à travers diverses formes dorganisations. Ce sont généralement des organismes publics des communes ou bien des associations prestataires (associations daide à domicile, associations locales danimation, structures dinsertion). Daprès une enquête « Villes et personnes âgées », réalisée en 1996, par lOdas (Observatoire décentralisé de laction sociale), auprès de 252 villes de plus de 30 000 habitants, 80 % des grandes villes ayant un service de portage assurent elle-même la gestion. Ce qui signifie que lengagement des communes dans lorganisation de ces services est proportionnel à leur taille. Bon nombre de collectivités locales, de services sociaux comme les CCAS (Centres communaux daction sociale), de groupement de communes répondent ainsi à une mission dintérêt général en faveur des personnes âgées. Et ce sont souvent les travailleurs sociaux sur le terrain qui détectent la demande et préviennent la municipalité. Cas fréquent, celui des CCAS, alors bien informés, qui réfléchissent et mettent en place un projet. Ils peuvent sappuyer sur le milieu associatif, expert dans le domaine, pour mieux évaluer les besoins et démarrer le service. Une forme de partenariat bénéfique qui renforce la cohérence dune telle initiative. Cest ainsi que le CCAS de la ville de Romorantin-Lanthenay et lassociation la Majo ont décidé de faire chemin ensemble. Tous deux ont fait la preuve de la réussite de leur projet social.
« Le CCAS nous a sollicités, car nous sommes la plus grosse association de Romorantin, avec une logistique au niveau de la restauration, et parce que nous gérons un foyer de jeunes travailleurs », explique Évelyne Léger, assistante de direction de la Majo. Forte de ses activités de restauration « sociale », cette association paraissait la mieux placée pour occuper le terrain, dans le secteur du portage de repas à domicile. Après un appel doffre, la commune la donc choisi comme partenaire. En février 1996, laventure pouvait commencer. Mission du projet : livrer des repas à domicile aux personnes à mobilité réduite habitant la commune de Romorantin-Lanthenay, sans conditions dâge et de ressources.
La Majo soccupe de la partie restauration et le CCAS assure les fonctions dordre administratif : enregistrement des commandes et organisation des livraisons. Les qualités gustatives et nutritives des aliments et le vaste choix des menus proposés permettent à la personne dépendante dacquérir dabord léquilibre alimentaire nécessaire à sa bonne santé. Mais cest aussi pour elle, en particulier pour la personne âgée, le moyen de se réinvestir dans lalimentation, de découvrir de nouvelles saveurs, de retrouver le plaisir de la table. Se nourrir régulièrement, à des heures fixes, après la livraison, redonne aussi un rythme à la journée. Lacte de manger, recouvrant des fonctions culturelles et sociales, devient bénéfique pour la santé mentale.
Plats pas assez cuits, sauces trop poivrées, légumes pas suffisamment variés, ou potage insipide, ici et là, on entend des critiques. En matière de goût, le portage à domicile, comme tout type de restauration, ne répondra jamais entièrement à la demande de chacun. À Romorantin la clientèle accorde tout de même, en général, un satisfecit aux repas proposés. Cétait pourtant un pari pas si facile à réaliser. Imaginez que ces personnes, dune moyenne dâge de 76 ans, ont pour beaucoup dentre elles fait elles-mêmes leur cuisine tout au long de leur vie, avec les légumes du jardin ou même les produits de la basse-cour. Puis, tout à coup, elles acceptent de manger des plats cuisinés à lavance, livrés froids dans des barquettes en plastique.
Au CCAS de Romorantin chaque porteur fait lui-même ses commandes de repas qui sont ensuite déposées à la Majo. Lors de la livraison, il dispose dune feuille de route comprenant la liste des bénéficiaires. Il note ainsi le suivi de chaque personne et mentionne déventuels problèmes.
Beaucoup de personnes âgées ne reçoivent en effet aucune visite dans la journée, le livreur devient leur seul référent. Dailleurs, il est bien stipulé dans le projet de la Majo quil faut établir un contact privilégié avec les personnes âgées. «Nous fournissons un service de livraison de repas social », précise Évelyne Léger. À Romorantin, le portage des repas à domicile sinscrit dans une démarche de convivialité et de relation daide. On a donc dabord fait le choix du «lien social».
Visiblement Léonce, 82 ans, vivant avec la seule compagnie de son chien, est ravi de recevoir la visite du livreur. « Ca me fait de lamitié », lance le petit homme jovial à la casquette. Tour à tour, paysan, forestier, berger, maçon, il aurait bien envie de raconter sa vie, mais chaque épisode se compterait plutôt en heures quen minutes. Cette petite visite lui laisse quand même le temps déchanger quelques mots et sourires. Ce qui compte pour lui beaucoup dans une longue journée de solitude. Certes Léonce dit avoir « mal aux pattes » et ne posséder quune dent (en la montrant bien distinctement), mais cela ne lempêche pas dapprécier les petits plats, même moulinés. Ses spécialités : le boudin mou et le fromage blanc de chèvre.
« Il mest arrivé daller au domicile dune cliente et de voir la porte et les volets clos. Elle était morte durant la nuit. Et cela fait quelque chose ! », raconte Franck, 31 ans, lun des deux livreurs. Larrêt du service en cours dannée sexplique le plus souvent par le décès ou le départ en hospitalisation. Néanmoins, le bon rétablissement savère aussi être une des principales raisons. Les personnes âgées demeurent fidèles envers le portage à domicile. Elles commandent généralement des repas tous les jours de la semaine, ou bien certains jours, et ce pour des périodes très variables, de moins dun mois à plus dun an. Dans ce type de prestation, la difficulté tient surtout au fait dentrer dans la vie privée de chacun. Certaines personnes âgées refusent que le livreur ouvre le réfrigérateur. « Montre-moi ton frigo, je te dirai qui tu es », pourrait-on dire. Car on nimagine pas que cette porte discrète soit susceptible de dévoiler beaucoup dintimité.
Le visage de Marie Marguerite, 94 ans, ressemble à un ciel capricieux : passe un beau sourire lumineux, puis, sans prévenir lexpression de la douleur et des pleurs. La vie à lusine, larthrose, la solitude (mère dun enfant habitant à deux pas, mais qui ne lui rend jamais visite) favorisent son état dépressif. Le portage à domicile vient heureusement rythmer un peu sa journée et la sécuriser. Il y a quelque temps, Franck lui donnait un coup de main pour réparer une fuite dévier. Dailleurs le porteur se charge souvent de rendre des petits services utiles à la vie quotidienne des personnes âgées : ouverture des volets, petit bricolage, saisie des objets en hauteur. Sans oublier quil semploie aussi à veiller sur le bon état de marche du réfrigérateur et du four, et donner des conseils sur la manière de réchauffer les plats cuisinés. Le livreur doit encore, avec la diététicienne, sassurer que les repas sont bien pris et non pas abandonnés, stockés dans les barquettes.
Il arrive que le porteur fasse une petite course pour aller, par exemple, acheter un paquet de cigarette au tabac du coin. Lucienne et Robert 77 ans, qui ne disposent pas daide-ménagère, profitent de ce type de service. Ils comptent également sur la solidarité des gens du quartier : les commerçants (boucher, boulanger, pharmacien) les approvisionnent directement à domicile. Le portage du repas est toujours pour eux un moment très attendu. « Les livreurs du portage des repas à domicile sont très gentils, on ne peut pas trouver un meilleur service ! », affirme le couple à lunisson. Tous les deux sont immobilisés. Monsieur a une prothèse à la jambe, sa « roue de secours », comme il aime dire, tandis que madame souffre dulcères. Entre ces personnes âgées et le livreur, on devine une confiance à toute épreuve. Reste que la convivialité du portage à domicile atteint son point dorgue, lorsque les porteurs arrivent au domicile des gens avec des chocolats ou des fleurs à loccasion des fêtes (anniversaires, Noël ).
Doté dune fonction de veille, le livreur doit savoir détecter déventuels problèmes de santé ou de mauvaise nutrition, en collaboration avec la diététicienne. Au cas où une personne se plaindrait de quelconque douleur ou aurait fait une chute et se blesserait, il la signalera aussitôt au CCAS de Romorantin. Celui-ci peut alors intervenir rapidement, puisquil est directement en relation avec les médecins et lhôpital. À côté de son service de portage de repas à domicile, le CCAS propose également un service daide ménagère, un service daide social, les compétences de deux assistantes sociales et dune diététicienne. Dès quun problème de nature social ou médical se pose au domicile dune personne dépendante, linformation remonte et le CCAS a tous les moyens dagir. Voilà dailleurs tout lavantage du partenariat entre une association comme la Majo et ce type de structure.
Cest le CCAS qui prend en charge les salaires des deux livreurs. Il a aussi financé lachat du véhicule et assure maintenant les frais de son fonctionnement. Cet organisme gère tous les règlements des repas transmis, à la fin de chaque mois, par les clients ou par le bon soin des aides ménagères. Prix dun repas : 38 F. Celui-ci peut être à moitié pris en charge par laide sociale pour des ressources en dessous du plafond de 3 500 F. Inutile de préciser que ce service ne fait pas de bénéfice, il existe uniquement pour sa vocation sociale. Quant à la Majo, le portage des repas représente environ 10 % de son chiffre daffaire total, de quoi rentabiliser les frais fixes de structure du foyer.
« La personne chargée des livraisons doit être dune honnêteté irréprochable, discrète et ayant des qualités relationnelles. Par son contact avec les personnes âgées, elle a pour devoir de développer une relation de confiance et davoir du discernement par rapport aux différentes demandes qui peuvent lui être formulées ». Tel était le profil recherché du porteur de repas, inscrit noir sur blanc dans le projet de la Majo, en décembre 1995. Cest dire toute limportance de cette fonction. Une fonction qui est en réalité un vrai métier réclamant non seulement laptitude aux relations humaines, mais aussi des qualités dautonomie, dendurance physique et déquilibre nerveux. Il sagit en même temps de savoir réagir face à une personne âgée manifestant sa détresse, prendre une décision en cas de problème, bien sorganiser pour respecter les délais de livraison. Avoir une approche sur cette population paraît par conséquent indispensable. Cest pourquoi, le CCAS de Romorantin a proposé à ses deux porteurs de faire un stage de relation daide. Adonis, 28 ans, sest ainsi formé pour mieux comprendre les dimensions psychologiques, médicales et sociales de lavancement en âge et des personnes ayant des difficultés de mobilité. Quest-ce que la maladie dAlzheimer ? Comment répondre à une personne âgée qui tout à coup fond en larme ? Quels sont ses droits sur le plan juridique ? Autant de conseils pratiques qui apprennent aux jeunes livreurs à entrer en contact et communiquer avec ce public. Certes, la formation dans ce métier ne suffit pas. Faire du portage à domicile, à 18-20 ans, sans être suffisamment mature, équilibré et motivé relève dun exercice périlleux. Se pose alors la question de savoir si ce métier peut constituer un réel moyen dinsertion.
Dans la région parisienne, en Seine-et-Marne, lAssociation de sauvegarde de lenfance et de ladolescence (ADSEA 77), gère des établissements et services à destination des jeunes en difficulté sociale. Le Logis, établissement de formation professionnelle pour les 15-19 ans, spécialisé dans lhôtellerie et la restauration, est situé à Saint-Germain Laxis, près de Melun. Celui-ci propose notamment un service de repas à domicile pour les personnes âgées de lagglomération de Melun. Nom du service : « Papylunch ».
À lorigine de cette initiative, a germé lidée de mettre en relation des professionnels de laide à domicile, venant de lextérieur, avec des jeunes de létablissement travaillant dans les secteurs cuisine et hôtellerie. Objectif : organiser une structure de repas à domicile en direction des personnes âgées. Pendant sept ans, le service a fonctionné avec le soutien de la Fassad (Fédération des associations de soins et services à domicile), qui a formé, chaque année, douze adultes en cuisine et à la connaissance des personnes âgées. Puis, Le Logis sest ensuite chargé lui-même dassurer une formation à ses jeunes. « Tout récemment, nous avons abandonné cette solution, car avec les plus jeunes, il était très difficile de se rendre au domicile des personnes âgées », explique Jean-Claude Bongrand, responsable pédagogique. Par manque de maturité, les livreurs ne comprenaient pas vraiment lintérêt dun tel service.
Le travail de livraison est donc désormais confié à une ancienne élève de la Fassad, Lydia, 26 ans, munie dune formation de cuisinier et dun stage de sensibilisation aux personnes âgées. « Un petit bonjour, un petit sourire leur fait plaisir », observe-t-elle. Très appréciée des personnes âgées, ils sinquiètent toujours de savoir sil ne lui est rien arrivé, lorsquelle est absente. Victime de son succès, et faute de temps, ce service de portage ne crée plus de lien social suffisant. Difficile en effet de livrer seul une cinquantaine de repas froids, entre 8 et 12 heures, tout en ayant une action daccompagnement. « Restez, restez ! », insiste une vieille dame qui veut absolument que Lydie vienne voir son mari malade alité à létage au-dessus. « À lundi, ma fille ! », lance ce monsieur, comme pour lui dire quelle fait partie de la famille. « Au-delà des aspects matériels de prise en charge du service à domicile (les repas, les soins, le ménage), le gros problème reste le désert affectif », remarque Jean-Claude Bongrand. Problème inquiétant sachant aussi que certains membres de familles ou amis rendent moins visite à leurs aînés. Simplement parce quils estiment que ces personnes âgées ont tout de même des contacts avec les porteurs de repas et les aides ménagères.
Le service de portage de repas à domicile « Papy lunch » souhaite maintenant redonner une dimension sociale, autour dun projet précis et dune solide formation. Les jeunes, motivés pour ce type dactivités, pourraient alors suivre des stages avec les adultes, de manière à les sensibiliser sur laccompagnement social des personnes âgées. Ce serait aussi loccasion de créer de nouveaux emplois. Dans cette optique, le portage du repas peut être un moyen dinsertion.
Pour que lemploi soit stable, il faut quil sinscrive dans la continuité de la relation avec la personne âgée. Malheureusement pour beaucoup de jeunes, il sagit dun « petit boulot », en attendant de trouver mieux. Ils sont alors employés de façon transitoire, au risque de nuire aux liens de confiance entre le porteur et la personne dépendante. Quant au nombre demplois créés par les services de portage à domicile, celui-ci est généralement proportionnel au nombre de repas livrés. Ces emplois peuvent entrer dans le cadre de léconomie solidaire où la collectivité apporte son aide au fonctionnement du service. Telle est la politique suivie par le CCAS de Romorantin. « Ce qui nous anime, cest dune part, le maintien à domicile des personnes âgées le plus longtemps possible, avec leur environnement et, dautre part, la création de nouveaux emplois », explique Michel Guimonet, maire adjoint de la commune chargé des affaires sociales. Ainsi, la Ville de Romorantin-Lanthenay souhaiterait embaucher des jeunes qui apporteraient au domicile des personnes âgées les provisions souhaitées. Dans le même ordre didée, deux emplois jeunes devraient être recrutés pour venir en aide à cette population : petites courses, travaux domestiques, démarches administratives.
Enfin, le portage de repas à domicile crée aussi bon nombre demplois en amont de la livraison. Linsertion concerne alors des postes dans les secteurs de la cuisine, du conditionnement, de la gestion administrative. Existent également quelques projets personnels qui permettent aux chômeurs entreprenants de sortir de la galère. Par exemple, cet ancien bénéficiaire du RMI devenu employeur en créant seul un service de repas, en relation avec le CCAS dune petite commune de Gironde, Villenave dOrnon. Ou bien cette jeune femme au chômage, qui sest lancée dans la création dune entreprise individuelle de portage, en zone rurale, au cur de lAlsace. Son attache à la région du Kockensberg et son attrait pour les personnes âgées la motivent pour travailler sans relâche depuis trois ans. Et en avril 1997, elle a même recruté une jeune femme à mi-temps, en CDI. Nombreuses sont les initiatives de ce type, associatives, communales ou privées, qui fleurissent un peu partout en France. Dailleurs, le portage des repas à domicile devrait à lavenir saffirmer comme un marché prometteur. La société a trouvé là un moyen efficace de répondre à la fois aux besoins des personnes dépendantes, de plus en plus nombreuses, et de créer un nouveau gisement demplois. De lart de conjuguer léconomique et le social.
Christophe de La Mure
Sources : « Le portage de repas, une solution pour le maintien à domicile des personnes âgées ». Document de synthèse édité en novembre 1997, par la Fondation Vivendi (ex - Fondation générale des eaux) sur les filières créatrices demploi. Étude réalisée par Bernard Le Falher et Xavier Damongeot.
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