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Les contrats locaux de sécuritéNouvel élan ou nouveau gadget ? Le temps seul permettra de mesurer si cohérence et efficacité sont cette fois au rendez-vous |
Lévolution de notre société ces dernières années a provoqué une aggravation des conditions de vie dune partie de moins en moins marginale de la population. Il existe bien une spirale de la crise du lien social marquée par lisolement des familles et un délitement de la régulation par les règles de vie collective. Les difficultés vécues par les parents (chômage, exclusion, problèmes sociaux, psychologiques, matériels ) ont souvent des conséquences sur léducation de leurs enfants et peuvent favoriser le développement de conduites délinquantes. Trop de parents ne disposent plus de lautorité parentale suffisante et noffrent pas une image sociale gratifiante à des enfants qui ne croient plus en eux.
Résultats de cette évolution : des regroupements de jeunes désuvrés en bande âgés de 10 à 16 ans, une agressivité de jeunes violents, hors circuits, rejetés ou refusant de sinvestir et de trouver leur place dans les activités proposées par les dispositifs censés les accueillir, une dégradation du patrimoine public, un absentéisme scolaire chronique de certains enfants ou jeunes qui de fait se trouvent livrés à eux-mêmes, des pratiques liées à lalcool ou à la toxicomanie qui se traduisent en attitudes violentes, apathiques, voire dépressives dans une logique parfois autodestructrice pouvant déboucher sur des tentatives de suicides (particulièrement nombreuses chez les moins de 30 ans). Les actes de délinquance ou dincivilité se manifestent plus particulièrement dans certains lieux : sorties des écoles, pieds dimmeubles, caves, centre ville, squats, transports en commun, équipements sportifs, établissements scolaires ou lors de certains événements ou occasions (Fête de la Musique, match de foot, soirées musicales).
Les habitants des zones sensibles sont les premières victimes de ces actes dincivilité qui viennent sajouter trop souvent à une fragilité sociale qui déjà exacerbe le sentiment dinsécurité. Vécu au quotidien, quelquefois irrationnel, il se nourrit de ces petits délits et des conflits de voisinage ou dusage des espaces communs. Cette forme dinsécurité persiste, sautoalimente, se répand en rumeur et génère un sentiment disolement et dimpuissance.
Pour faire face à cette situation le gouvernement Jospin a conçu un nouveau dispositif annoncé au colloque de Villepinte : le Contrat Local de Sécurité. Son objectif prioritaire est bien de répondre tant au sentiment dinsécurité quà linsécurité elle-même en concentrant les moyens de prévention et daction vers les jeunes en difficulté, en voie de marginalisation ou en risque de délinquance. Il sagit de porter une attention particulière aux situations de rupture les plus explicites et de prendre particulièrement en considération les jeunes repérés comme désuvrés, organisés en bandes, et souvent identifiés comme fauteurs de troubles.
Un peu partout des Contrats Locaux de Sécurité ont été signés, chacun essayant de répondre au plus près de la situation locale et trouvant des modalités adaptées et particulières. Après quelques mois de fonctionnement, il est intéressant de faire le point sur leurs orientations (il est trop tôt pour dresser un bilan concernant les actions engagées), en illustrant certaines de ces applications.
Le premier axe consiste bien à renforcer les occasions de dialogue avec la population en y associant les élus, la police, la justice, les acteurs associatifs, les bailleurs, les intervenants sociaux. En effet, le fait, pour les habitants, davoir une connaissance exacte et objective de ce quest la délinquance, de pouvoir sexprimer sur ce sujet, et de sentir la volonté commune des principaux acteurs dagir conjointement et en parfaite coordination dans ce domaine, ne peut que favoriser le sentiment de sécurité. Cela prend notamment la forme de réunions de quartier où sont abordées toutes les questions relatives à la vie commune et aux incidents qui la perturbent.
Sil sagit bien de garder le contact avec la population, il est une action qui est tout à fait essentielle, cest celle qui consiste à épauler les parents dans leurs fonctions éducatives et de contribuer à restaurer leur autorité. On peut les associer dans les processus de réparation des faits délictueux commis par leurs enfants, les sensibiliser aux difficultés rencontrées à lâge de ladolescence par les jeunes, les conseiller sur les conduites à tenir, les soutiens extérieurs quils peuvent solliciter. Il sagit bien de mettre en uvre tous les processus qui leur permettront de constater quils sont considérés comme des acteurs privilégiés de léducation et non comme des consommateurs des services ou des personnes assistées. Cela signifie se donner les moyens de répondre à leurs demandes daide quand ils se trouvent démunis pour gérer des comportements difficiles, en leur proposant par exemple des groupes de parole ou des points découte.
Le second axe se situe au niveau institutionnel : amener les structures en contact avec les jeunes à se mobiliser. Elles le font déjà et voient leurs efforts encouragés et validés par une politique dincitation.
Première concernée, linstitution scolaire qui doit assurer outre sa fonction dapprentissage, la sécurité des biens et des personnes en son sein, mais aussi contribuer à léducation civique des élèves. Limplication et la mobilisation des équipes pédagogiques est essentielle pour prohiber toutes les formes de violence et développer dans le cadre du projet détablissement toutes les médiations nécessaires, notamment par la mise en place des Comités dEnvironnement Social associant les jeunes, les enseignants, le personnel de létablissement, les parents, les acteurs éducatifs et sociaux du quartier. Face aux élèves transgresseurs pour lesquels les actions habituelles de létablissement se révèlent inopérantes, il faut trouver des solutions personnalisées en préparant à un retour à une scolarité ordinaire (structure daide spécifique).
En dehors de lécole, la commune doit adapter son offre en terme danimations ou de facilités daccès à ses équipements (soirées, week-ends, vacances, ponts de plusieurs jours). Laction en direction des publics les plus en difficulté ou à la limite du basculement doit partir dune vision objective de ces jeunes, de leur mode de vie, de leurs difficultés, de leurs demandes et des raisons pour lesquelles ils ne participent pas spontanément aux animations traditionnelles des structures daccueil. Ainsi, les activités qui leur sont proposées doivent viser particulièrement des objectifs tels que la dérivation de lénergie, lexpression et la symbolisation des sentiments dexclusion et de révolte, le développement de valeurs antagonistes à la déviance (de solidarité vécue, de connaissance du monde social ), lallègement de la pression des difficultés de vie les plus lourdes (isolement ). Elles doivent se centrer sur les moments où les jeunes sont les plus disponibles ou désuvrés, éviter les contraintes de fonctionnement qui ne doivent pas conduire à écarter les publics les plus fragiles (coûts, modalités dintervention etc.), favoriser les moyens dassurer une « cohabitation » des publics difficiles avec les autres.
Lhôpital est lui aussi concerné par exemple par la création déquipes psychiatriques (médecin / infirmier) pouvant intervenir au domicile des personnes en souffrance, pour entamer avec elles un dialogue et proposer des solutions en liaison avec les établissements ayant en charge les patients psychiatriques.
Leffort de la Police Nationale porte sur la proximité au travers du développement de lîlotage et par conséquent une présence policière sur les différents quartiers de la ville, de la protection des personnes vulnérables (personnes âgées ) et de laide et laccueil aux victimes.
Les différents partenaires (office dHLM, compagnie de bus ) ont aussi recours aux dispositifs de médiation sociale. Lobjectif du médiateur est dintervenir avant que les parties ne soient amenées à donner des suites policières ou judiciaires. Son champ daction est limité aux problèmes de cohabitation relatifs à la vie collective. Le médiateur na pas le rôle dun juge. Il doit amener les parties à discuter du litige en rétablissant la communication entre elles et ensuite les aider à prendre en charge le conflit. Mais la médiation passe aussi par une présence : il sagit de développer une permanence régulatrice, rassurante, dans les moments les plus « exposés » et ainsi permettre que sengage autant que possible le dialogue. Cela a pour effet de ne pas surcharger les tâches de la police, de la justice et de développer une action éducative auprès des habitants. En effet, en les plaçant en situation dacteur de la résolution de leurs problèmes, il sont responsabilisés, ce qui contribue à éviter le développement du sentiment dinsécurité.
Même si la répression peut parfois apparaître comme léchec de la prévention, elle participe à celle-ci en créant chez les délinquants les moins endurcis un sentiment de crainte de la sanction et donc en les incitant à éviter la transgression. Elle permet aussi décarter provisoirement du circuit social les délinquants multirécidivistes. En effet, une partie importante de la délinquance est le fait dun petit nombre dindividus et une politique volontariste, privilégiant les réponses rapides et un caractère systématique des poursuites peut contribuer à neutraliser cette source essentielle de linsécurité. Quant au sentiment dinsécurité, une grande part tient à lapparente inaction de la justice à légard de certains éléments perturbateurs qui semblent, aux yeux des personnes concernées, bénéficier de limpunité. Laction de la justice mériterait donc dêtre mieux expliquée et plus médiatisée.
Troisième axe qui semble tout aussi essentiel que les deux premiers : le Plan Local de Sécurité doit aussi prévoir un dispositif de collaboration des intervenants et de vigilance, à limage de cette cellule de veille communale, composée du noyau dur des décideurs et acteurs principaux : la Ville (élus et techniciens), les services de lEtat ( la Sous-préfecture, Police, Justice, Education Nationale, P.J.J.), le bailleur social, le transporteur public, les Centres Sociaux, les services socio-éducatifs, les Educateurs de Prévention Spécialisée Cette cellule partage alors une base de donnée commune constamment actualisée, composée à partir des informations dont dispose chaque organisme pour ce qui le concerne. Elle assure une fonction de veille et a un rôle dimpulsion, déchange. Elle se réunit alors régulièrement et est en mesure de se mobiliser très rapidement en cas de besoin. Cette instance de coordination à comme seul objectif de rechercher à la fois une solution qui protège lindividu concerné contre une « escalade » des comportements et qui protège aussi son entourage pour préserver la tranquillité publique.
Les contrats locaux de sécurité apparaissent bien comme un produit de lair du temps, celui qui met au goût du jour le travail partenarial, la constitution dun réseau autour dune problématique : celle de linsécurité. Cette voie soppose diamétralement à la réponse qui serait uniquement sécuritaire et répressive. Le temps seul permettra den mesurer la cohérence et lefficacité.
Jacques Trémintin
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