![]() |
||
![]() |
« Toute-puissance du Parquet », « impérialisme », « dispositif liberticide »... les opposants aux GLTD frappent-ils trop fort ? |
« On ne peut faire abstraction du contexte de la Seine-Saint-Denis : pas dassistante sociale scolaire, pas assez déducateurs Des dispositifs comme les GLTD ont été mis en place parce que lon était dans un tel département et quil y avait un véritable problème : cest à partir du troisième ou du quatrième délit quon initiait une mesure éducative » Jean-Paul Ravaux est éducateur sur Montreuil et, si son constat sur les carences dont souffre le département rejoint celui de Pierre Moreau, il nest pas pour autant daccord avec lui quant aux réponses. Pour lui, comme pour nombre de ses collègues de la PJJ, les GLTD ne font que renforcer la confusion des rôles : cela a commencé avec les Juges des Enfants qui se sont trop souvent pris pour de super-éducateurs et cela se poursuit avec les Procureurs qui peu ou prou font le travail des juges
« Il ny a pas eu de débat avec les acteurs de la PJJ » regrette Sonia Casagrande, éducatrice à Saint-Denis. Comme ses collègues de la PJJ, Odile Rémi, éducatrice, sinterroge sur la toute-puissance de ce même Parquet qui « organise la vie sociale, joue le rôle de régulateur, comme sil nexistait pas dinstances plus légitimes ». Et puis, reprend Sonia Casagrande, on voit bien les effets pervers dun tel système : « A la PJJ, il ny a plus de consultations quau pénal ; on ne rencontre plus les primo-délinquants ; ceux-là sont vus dans le cadre de laction directe du Parquet. » On peut alors se demander ce quil en est de lesprit de lordonnance de 1945 qui donne la primauté à léducatif. Et aussi du principe de la double compétence des Juges pour Enfants « Mais on peut également sinterroger, remarque Nelly Renoir, avocate, sur ce qui fonde la légitimité du délégué du Procureur à traiter les affaires dans le cadre de la comparution directe ? Que fait-on du principe du débat contradictoire ? Quelle formation, quel statut ont ces délégués dont le rôle va être déterminant pour lavenir du jeune ? La présence dun avocat simpose, mais comment lintroduire systématiquement dans le dispositif ? » Et comme si ces questions essentielles ne suffisaient pas, Jean-Claude Bouvier, du syndicat de la Magistrature, enfonce le clou : « On est en train de pallier la carence des Juges pour Enfants par des pratiques du parquet qui sapparentent à celles des juges. Mais le Parquet ne va-t-il pas lui-même se retrouver confronté à une surcharge et à qui, alors, déléguera-t-il ? » Autrement dit, à se passer la patate chaude, ne risque-t-on pas de discréditer lintervention du Juge pour Enfants et mettre sur la touche les éducateurs, mais aussi les psychologues qui participent à la prise en compte de la problématique familiale et travaillent sur le temps, ce quaucun délégué du Procureur ne pourra faire ?
On laura compris : les GLTD ne font pas lunanimité et si la personnalité de Pierre Moreau nest pas en cause, daucuns se demandent si ce « maillage » de la population est bien compatible avec le respect des droits de la personne. Ny a-t-il pas là une intrusion dans la vie des quartiers et même la vie des gens ? Là où le politique na pas donné assez de moyens, le relais pris par le Parquet nest-il pas un avatar dun système qui sadapte aux carences sans vraiment les dénoncer et encore moins y remédier ? « Toute-puissance du Parquet », « impérialisme », « dispositif liberticide »..., les opposants aux GLTD frappent fort mais il est vrai que la montée de la délinquance sur la Seine-Saint-Denis associée à la baisse des effectifs de la PJJ a de quoi interroger et que la territorialisation de laction risque dengendrer quelques effets pervers dont il faudra rapidement prendre la mesure. Au risque, comme le dit Sonia Casagrande, de voir le Parquet jouer les « apprentis-sorciers » !
Mireille Roques
Revenir à l'index, à la page de garde.