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20 octobre 2017

Prévenir et lutter contre les violences en milieu de santé

Pour faire la lumière sur les atteintes aux personnes et aux biens au sein d’établissements de santé, sociaux et médico-sociaux, l’Observatoire national des violences en milieu de Santé (ONVS) a recueilli les signalements de ces derniers portant sur les années 2015 et 2016.

Son rapport apporte un éclairage précis sur le type de violences, leur fréquence, le profil des auteurs et les conséquences des actes subis et devrait permettre une meilleure visibilité et donc une action plus ciblée des pouvoirs publics.
Les chiffres, non exhaustifs, ne sont pas à analyser comme une tendance car ils concernent les signalements recueillis auprès des établissements volontaires, soit environ 6% d’entre eux.

Une meilleure connaissance des violences

Des incivilités aux actes de violences les plus graves, l’ONVS a répertorié toutes les atteintes, soulignant que « l’empathie naturelle des personnels de santé ne doit pas aboutir à accepter l’inacceptable. »
En revanche sont distingués depuis 2015 les faits de violences commis en raison d’une pathologie ou non (trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli le discernement ou le contrôle des actes de l’auteur).
Typologie des violences :

  • Les atteintes aux personnes concernent 77% des signalements enregistrés et les atteintes aux biens sont de 23%. Elles sont commises à 20% en milieu psychiatrique, à 13% aux urgences et à 11% en gériatrie (Unités de soins longue durée (USLD) et EHPAD) où l’on recense de nombreux troubles de schizophrénie ou Alzheimer par exemple.
  • Les violences physiques forment la principale atteinte aux personnes (50% des violences répertoriées) et se déroulent en milieu psychiatrique et gériatrique essentiellement, suivies des insultes et injures (33%) qui ont lieu fréquemment aux urgences et en pédiatrie, où l’attente des patients est forte et chargée en émotions et en angoisse.
  • Les premières victimes sont les personnels de santé (84%) et pour être plus précis les femmes infirmières. Quant aux auteurs, ce sont en majorité des patients (70%) suivis des visiteurs ou accompagnants (19%). Le reproche relatif à la prise en charge constitue le motif principal du déclenchement des violences, suivi (de loin) par le temps d’attente.
  • Les atteintes aux biens concernent pour moitié des vols sans effraction.
  • Lors d’un incident, les personnels de santé sont les premiers à intervenir en renfort de leurs collègues. À noter qu’avec la professionnalisation des services de sécurité en milieu hospitalier, les agents de sécurité interviennent de plus en plus.

Prévention et signalement

L’Observatoire note une forme d’autocensure grandissante des soignants à signaler les actes de violences ou à déposer plainte. La méconnaissance de leurs droits, l’appréhension de la procédure judiciaire, la perte de temps ou la peur de représailles expliquent ce silence écrasant. L’information doit donc prendre davantage de place au sein des milieux hospitaliers.

L’ONVS recommande l’utilisation d’un outil pratique : la « fiche d’évènement indésirable », qui permet une meilleure connaissance des actes de violence. De plus en plus d’établissements forment leurs personnels à les remplir, ce qui aboutit aussi à une désacralisation et à une réelle prise de conscience des violences.
Enfin, depuis avril 2017, un guide méthodologique « la prévention des atteintes aux personnes et aux biens en milieu de santé » est disponible en ligne.


18 octobre 2017

La bande-dessinée, outil pédagogique pour la jeunesse

Une centaine de jeunes, venus de toute la France, ont fêté la bande dessinée à Rennes le 14 octobre avec leurs éducateurs, professeurs techniques, enseignants. Le journée Bulles en fureur clôturait dix mois d’exploration de BD au sein des services de la PJJ, du secteur associatif de protection de l’enfance, mais aussi des classes-relais, instituts thérapeutiques éducatifs et pédagogiques (ITEP), établissements régionaux d’enseignement adapté (EREA), accueils de jour, bibliothèques.
L’action, organisée par la direction de la PJJ, en partenariat avec la Cité Internationale de la BD d’Angoulême et la ville de Rennes, vise à lutter contre l’illettrisme et à faciliter l’accès à la lecture, en associant apprentissages et plaisir.

Apprendre en bullant

Tous les participants n’ont pu faire le déplacement. Ce sont plus de 600 adolescents qui, après avoir travaillé toute l’année sur une sélection de BD, ont argumenté en faveur de leur préférée, puis voté au sein des jurys locaux. « Bulles en Fureur n’est qu’un prétexte pour mettre en contact un jeune avec un livre, parfois pour la première fois. L’idée est de ne pas en rester là, mais de permettre une ouverture, parler en public, savoir se présenter », explique Sandrine Debray, coordinatrice PJJ de la manifestation.
« La première étape, c’est de leur donner le goût de la lecture, mais c’est aussi apprendre et travailler ensemble », indiquent Alix Mola et Laurent Pringère, éducateurs au dispositif d’accueil de jour de Marcq-en-Baroeul (Nord), mobilisés dans la rescolarisation de jeunes décrocheurs. La BD est leur fil conducteur : travail sur l’écriture avec l’enseignante spécialisée, création d’une œuvre à partir d’un BD avec l’éducateur technique, rencontres, débats. Les thèmes des albums permettent d’échanger sur différents sujets, comme l’immigration ou l’homosexualité.
Un prix « jeune créateur », décerné par le public, est dédié à une production collective inspirée d’une BD. Angel est venu avec l’unité d’activités de jour de Saint-Jean-Le-Blanc (Loiret), lauréate du prix. « On voit ce que les autres ont fait, et l’intérêt que les gens portent à ce qu’on a fait », décrit-il. Objectifs atteints pour l’équipe éducative.


17 octobre 2017

Accès aux soins : un soutien pour les Yvelines, rien pour la Seine-Saint Denis

La lutte contre les déserts médicaux est affichée comme une priorité par la ministre de la santé, Agnès Buzyn qui présentait le 13 octobre son plan de lutte contre ce phénomène : déploiement de la télémédecine, augmentation des maisons de santé pluri-professionnelle, financement de l’installation et du maintien des médecins dans certains territoires ciblés. C’est là que le bât blesse. En Île-de-France, par exemple, Versailles, Viroflay, Saint-Germain-en-Laye apparaissent prioritaires : des médecins, dont beaucoup sont en secteur 2, recevront un soutien financier pour s’y installer tandis que leurs homologues ne recevront rien pour s’établir en Seine-Saint-Denis…

Revoir les indicateurs

« Un résultat aberrant » selon la Fédération nationale des centres de santé (FNCS) alors que la Cour des comptes, dans son rapport sur le financement de la sécurité sociale rendu public le 20 septembre, souligne « des inégalités majeures dans l’accès aux soins » selon le niveau de revenu ou le lieu de vie des personnes. En cause, selon l’Uniopss, le nouvel indicateur unique : l’accessibilité potentielle localisée qui mesure l’accessibilité spatiale aux soins mais qui, reproche l’Uniopss, ne prend pas en compte les inégalités sociales de santé. « Les territoires les plus défavorisés sont ainsi exclus des aides conventionnelles destinées à l’installation et le maintien des médecins généralistes ». La FNCS déplore un zonage qui « ne réduit pas les inégalités mais les accentue ». Les deux organisations demandent que ces indicateurs soient revus.


13 octobre 2017

Mobilisation des travailleurs sociaux franciliens

« Nous assistons à un tsunami anti social, une lame de fond qui déferle sur l’ensemble du travail social, constate Alain Naouennec, éducateur spécialisé en prévention et délégué CGT dans une structure de prévention du 93. De plus en plus, nos gouvernances sont complices de l’État en acceptant d’appliquer des politiques d’austérité. Ce qui était encore préservé, comme la protection de l’enfance, est maintenant touché par cette économie d’échelle. Le patronat du social joue la complicité en croyant pouvoir être sauvé, alors que l’on va vers une ubérisation du social. »

Sortir de l’isolement

Dans les services publics, PJJ, CAF, psychiatrie, éducation nationale, ASE, pôle emploi… les coupes budgétaires, les externalisations, le management par les chiffres deviennent la norme et remettent en question le sens même des missions de l’action sociale. Face à ce constat, les États généraux alternatifs du travail social appellent à une assemblée générale d’Île-de-France de tout le travail social, le 19 octobre à la bourse du travail de Paris (18h à 20h30). « Actuellement chacun est confronté à une surcharge de travail, à la menace de perdre son emploi, à une situation de souffrance individuelle face à un service qui se dégrade, explique Nicolas Guez de Sud Santé Sociaux. L’idée est donc de créer un espace commun de mobilisation, pour établir des dynamiques d’action nationales et locales qui viennent du terrain et pas forcément des syndicats. »

Un travail social au service de la justice sociale

Cette réunion va commencer par un état des lieux général de la casse du social, puis la salle pourra témoigner de situations au cas par cas. La deuxième partie sera consacrée aux modes d’actions possibles. Les travailleurs sociaux invitent les salariés des secteurs para-sociaux (Pole emploi et CAF) et médicaux, précurseurs dans le domaine de dumping social et de l’injonction aux résultats, à venir partager leurs expériences de résistance. « Quand même la protection de l’enfance devient un secteur marchand, il est urgent de réfléchir à comment ne pas laisser faire, résume Hervé Heurtebize de la FSU. Nous devons fédérer les différents secteurs pour enclencher une dynamique et amener le débat dans l’espace public. » Pour que le travail social reste au service de la justice sociale, une mobilisation est déjà programmée le 20 novembre, journée de la protection de l’enfance.


12 octobre 2017

ANESM : un transfert vers le sanitaire qui passe mal

« Quelle place aura le social et le médico-social face au poids du sanitaire ? » L’inquiétude de la Fédération des associations de protection de l’enfant (CNAPE) reflète celle de nombreux acteurs face au transfert de l’Agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements sociaux et médico-sociaux (ANESM) au sein de la Haute autorité de santé (HAS). Cette absorption est inscrite dans le projet de loi de financement de la protection sociale (PLFSS) au 1er avril 2018.

Selon le gouvernement, « cette réforme permettra de favoriser une politique d’évaluation de la qualité transversale aux champs sanitaire, social et médico-social tout en préservant les spécificités de ce secteur ». À quoi sert l’ANESM ? Depuis sa création en 2017, l’organisme est chargé de délivrer des recommandations de bonnes pratiques professionnelles (RBPP) aux établissements sociaux et médico-sociaux. C’est sous son impulsion que les processus d’évaluation et de qualité se sont diffusés au sein des établissements et services, notamment via les évaluations internes et externes. Ces processus avaient d’ailleurs été fortement critiqués par de nombreux professionnels de terrain, y voyant une homogénéisation et une normalisation supplémentaire de leur activité.

Problème de culture

La HAS a la même mission, version sanitaire. Et c’est bien là le cœur du problème. « Il est à craindre que la HAS ne prenne trop peu en compte les particularités propres au secteur médico-social et soit tentée d’y imposer une culture en décalage avec les pratiques des structures » prévient l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA). Le Groupement national des directeurs généraux d’association (GNDA) regrette une décision « brusque » et « sans concertation », et propose, le cas échéant, de refonder le collège de gouvernance de la HAS pour y intégrer des acteurs du social et du médico-social. « À travers ces évolutions, la HAS pourrait ainsi évoluer, à l’instar du Ministère vers une « Haute Autorité des Solidarités et de la Santé » ce qui lèverait toute ambiguïté sur ses missions et ses champs de compétence » estime le groupement.


9 octobre 2017

L’Outre-Mer, cette grande oubliée

La Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH) s’est interrogée sur la mise en œuvre et l’effectivité des droits fondamentaux dans les départements et régions d’Outre-Mer (DROM). Dans un avis adopté le 26 septembre*, la Commission pointe du doigt l’État français pour sa négligence concernant le respect des droits. Elle préconise un renforcement de son action auprès des collectivités et des populations. Au printemps déjà, un mouvement social avait gagné la Guyane et revendiquait davantage de moyens pour améliorer les conditions de vie de la population-soins, infrastructures, justice, etc. Et si cet automne ce sont les conséquences d’ouragans dévastateurs qui ont fait parler des Antilles, au quotidien ces territoires éloignés sont souvent les grands oubliés de la République, avec un mal être des populations grandissant.

« Une situation alarmante »

Pour la CNCDH, la pauvreté courante, les inégalités criantes, le chômage massif ou encore l’habitat indigne sur-représenté dans ces territoires constituent autant d’atteintes aux droits de l’homme.
La France fait figure de mauvais élève dans le domaine, rappelée à l’ordre par le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies et par le Comité des droits économiques, sociaux et culturels, préoccupés par le taux de pauvreté et le retard économique et social ultramarin.

Si le système de solidarité permet d’éviter la marginalisation et endigue l’extrême pauvreté, il reste insuffisant au regard des difficultés économiques des territoires qui jouent un rôle déterminant dans l’augmentation de la détresse sociale.
Pour exemple :

  • le taux de pauvreté s’élève à 61% en Guyane (contre 14% en Métropole). Le recours aux prestations sociales est donc beaucoup plus élevé dans les DROM et s’articule à la solidarité familiale et communautaire. Les familles monoparentales constituent une part importante des allocataires du RSA.
  • le coût de la vie est nettement plus élevé en Outre-Mer et les inégalités de revenus ne permettent pas aux plus modestes d’avoir accès aux mêmes produits que les autres.
  • les collectivités locales peinent à répondre aux missions qui leurs sont dévolues : en Guadeloupe, le dispositif d’aide au retour à l’emploi a tout simplement disparu.

LA CNCDH approuve l’adoption de la loi pour l’égalité réelle Outre-Mer du 28 février 2017 qui « prévoit une résorption des difficultés spécifiques de l’Outre-Mer par un alignement avec la Métropole ».

21 mesures

La CNCDH formule 21 recommandations parmi lesquelles :

  • Élaborer des « plans de convergence » avec la participation des populations les plus défavorisées pour enrayer une pauvreté grandissante.
  • Renforcer la gouvernance des politiques de solidarité en coordonnant les différents acteurs et encourager le développement du secteur associatif, sous dimensionné.
  • Pour l’accès à l’emploi, la Commission propose de renforcer le dispositif « garantie jeunes » qui a déjà fait ses preuves dans certains territoires. Des expérimentations, à l’image de Territoires Zéro Chômeur de longue durée, gagneraient également à être développées dans les DROM.
  • Sur le plan du logement, 70 000 logements indignes ont été recensés dans les cinq départements d’Outre-Mer. Quant aux logements sociaux, beaucoup sont insalubres et surpeuplés. L’État est donc vivement encouragé à faire construire les logements HLM comme il s’y est engagé dans la loi du 28 février 2017.
  • Dans un contexte de dématérialisation des services publics croissante, la CNCDH demande à l’État d’enrayer la baisse des effectifs dans ces territoires où l’illettrisme est plus présent qu’en Métropole.

*Avis relatif à la pauvreté et à l’exclusion sociale dans les départements d’Outre Mer (notamment Antilles et Réunion)


6 octobre 2017

Orléans : « Les mineurs ne sont pas des sardines »

Il aura fallu une manifestation du personnel de la Maison de l’enfance d’Orléans devant le conseil départemental pour que des engagements soient pris. Dénonçant le sureffectif d’enfants, environ 80 professionnels se sont réunis mardi 26 septembre sous une banderole « Les mineurs ne sont pas des sardines ». Fin août, le foyer d’accueil d’urgence prévu pour un maximum de 41 suivis accueillait 90 jeunes. Avec ses neuf places, le service des 12-16 ans a compté jusqu’à 24 placements, celui des adolescents 39 alors qu’il est prévu pour 15. La nuit, les salles de réunion et de jeux se transforment en dortoirs avec des lits de camps, des matelas à même le sol, voire des tapis de sol.

Renfort de personnel

La situation a donné lieu à un dialogue avec les représentants de la direction, venus constater la dégradation de l’accueil dès le mois de mai. « Ils nous ont écouté, nous ont demandé d’attendre et nous n’avons rien vu venir, explique Stéphanie Velter, éducatrice de jeunes enfants et secrétaire du syndicat Sud. La manifestation a déclenché une arrivée de renfort en cuisine et dans l’équipe éducative, même s’il n’est pas facile de recruter dans ces conditions. Des lits et des matelas ont également été achetés. Les admissions sont bloquées, des enfants que nous devrions accueillir attendent à l’hôpital ou sont placés en urgence en famille d’accueil ».

Le département du Loiret dont dépend la Maison de l’enfance a également promis un plan d’action dans le mois. « Actuellement, le Loiret compte 350 mineurs non accompagnés, l’État nous annonce qu’ils pourraient être 700 au mois de décembre, ça met à mal toute la protection de l’enfance, explique Alexandrine Leclerc, vice-présidente du conseil départemental chargée de l’enfance. Nous réfléchissons à la mise en place d’une plateforme d’accueil et d’orientation avec des éducateurs, la Croix Rouge, l’éducation nationale et des professionnels de santé pour évaluer la minorité et trouver des solutions adaptées ».

Les MNA bouc-émissaires

Ancien éducateur de la Maison de l’enfance, aujourd’hui retraité et membre du Collectif de soutien aux jeunes isolés étrangers (Cojie), Serge Cornéat reste vigilant sur ce dispositif et les conditions d’hébergement des MNA. « Il arrive qu’ils soient 5 ou 6 dans une chambre d’hôtel, affirme-t-il. Il y a un manque de structures adaptées et les établissements choisissent leur public, du coup le service public de l’accueil inconditionnel ne parvient plus à orienter les jeunes. Les placements qui devraient se limiter à six mois s’éternisent ». Des solutions pérennes, notamment la création de places de répit pour les situations les plus difficiles, devraient être proposées la première semaine de novembre.


4 octobre 2017

L’avenir des mineurs isolés à l’étude

Une concertation entre l’État et les départements doit être lancée afin de parvenir début 2018 à la définition d’un « plan d’action », qui vise à améliorer les conditions d’accueil des mineurs isolés. Évaluation et mise à l’abri, expérimentations, limitation des réévaluations de minorité, lutte contre les trafics de migrants, qualité de la prise en charge des mineurs et sortie de l’aide sociale à l’enfance figurent parmi les axes de ce plan.

En effet, en juillet dernier, un rapport d’information de la commission des affaires sociales du Sénat sur la prise en charge des mineurs non accompagnés (MNA) montrait que leur nombre était passé, selon les estimations de l’Assemblée des départements de France (ADF) de 4 000 en 2016 à 18 000 en juin 2017. Ils pourraient être 25 000 en France en fin d’année.

Un État plus responsable

De la procédure d’évaluation jusqu’au manque d’hébergement, la situation et l’accompagnement de ces enfants et ces jeunes par les départements, au titre de la protection de l’enfance, sont critiques. Pris en étau entre l’État et les départements, qui se renvoient la balle de la responsabilité et du financement, ils sont les parents pauvres de la protection de l’enfance. De nombreux réseaux d’hébergeurs solidaires, de Paris à Nantes en passant par Toulouse, se sont ainsi créés pour combler le manque de prise en charge adaptée.

Le rapport de la commission invitait l’État à « prendre ses responsabilités » afin de mieux les accompagner, notamment en créant des plateformes interdépartementales d’évaluation. Le 15 septembre, lors d’un comité de suivi du dispositif national de mise à l’abri, d’évaluation et d’orientation des mineurs non accompagnés, la ministre de la justice et son homologue en charge des solidarités, Nicole Belloubet et Agnès Buzyn, ont fait plusieurs annonces.

Quelques millions sur la table

En matière de financement d’abord, pour calmer la grogne des départements, des moyens supplémentaires vont leur être accordés, notamment un abonnement de 6,5 millions d’euros en 2017 pour le remboursement des évaluations de minorité et d’isolement.

Pour l’heure, l’Assemblée des départements de France (ADF) demande un engagement de l’État « plus précis et plus ambitieux ».


2 octobre 2017

EHPAD : passer de la mission à l’action

De nombreux salariés d’Etablissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) dénoncent depuis plusieurs mois les conditions d’accueil des résidents et leur souffrance au travail. Le gouvernement a donc lancé une « mission flash » sur la situation des EHPAD : confiée à Monique Iborra, députée LREM de Haute Garonne, son rapport remis récemment présente un diagnostic des « défis du secteur » et des mesures à prendre à court terme.

Ce qui va mal

Premier constat : la population accueillie dans les EHPAD aujourd’hui a changé et fait évoluer ce « lieu de vie dans lequel on soigne » vers un « lieu de soin dans lequel on vit ». Un nouveau mode d’accompagnement doit voir le jour, adapté aux pathologies présentées. Car pour faire face à la dépendance plus importante des résidents, les personnels sont en nombre insuffisant. Une dégradation des conditions de travail qui peut conduit, en plus d’un nombre record d’absentéisme et d’accidents du travail, à de la « maltraitance institutionnelle ». Recrutements difficiles, manque de personnel médical criant : certains EHPAD font nécessairement appel à des « faisant-fonction » aux compétences insuffisantes pour certains soins.
La tarification est jugée kafkaïenne par Madame Iborra. En cause, le décret du 21 décembre 2016 qui la rend trop complexe, augmente les inégalités territoriales (au niveau départemental) et pénalise les établissements publics.
Enfin le reste à charge est parfois trop important pour les personnes accueillies, en majorité des femmes seules, qui doivent payer des frais d’hébergement de 2 000 € en moyenne.

5 propositions à court terme

Pour améliorer dans l’immédiat la situation critique des EHPAD, le rapport préconise de mettre en place :

  • Une revalorisation du statut d’aide-soignant
  • La présence obligatoire d’un infirmier diplômé la nuit dans tous les EHPAD
  • La modification de la tarification prévue par le décret du 21 décembre 2016
  • Le maintien et la priorité de l’allocation des contrats aidés en direction des EHPAD
  • Une garantie d’une plus grande transparence sur les prestations offertes par les EHPAD

La mission flash ne peut toutefois se suffire à elle-même, il importe maintenant d’entreprendre une réflexion en profondeur : observer la réalité du terrain et mettre en adéquation les besoins des personnes accueillies avec le nombre et le profil des personnels des EHPAD.
La députée fait le vœu d’une réflexion à l’échelle nationale sur l’EHPAD de demain, qui prendrait en compte l’évolution des publics et les attentes des personnes accueillies. L’« EHPAD à domicile » pourrait devenir une réalité, sur le modèle d’expérimentations en cours. Un questionnement sur la création de nouvelles structures sanitaires permettrait en parallèle de mieux prendre en charge la fin de vie sur le versant médical.


27 septembre 2017

Eysines : des travailleurs sociaux en conseil de discipline

En avril 2017, une dizaine d’agents du foyer départemental de l’enfance d’Eysines (33) dénonçaient des faits de maltraitance et de violence entre enfants dans une lettre ouverte. Fugues quotidiennes, viols, passages à l’acte violents, agressions physiques entre enfants et sur le personnel : la lettre mentionnait 190 agressions entre 2016 et 2017.

Hier, sept d’entre eux étaient convoqués devant un conseil disciplinaire de la fonction hospitalière, dont dépend le foyer. Leur hiérarchie estime qu’ils ont manqué à l’obligation de devoir de réserve et à la discrétion professionnelle, une faute passible d’une sanction disciplinaire allant du blâme à la révocation de la fonction publique. Trois autres signataires, qui ne travaillent plus dans l’établissement, se défendent en se décrivant comme des lanceurs d’alerte face à une enfance en danger.

130 enfants en difficultés se côtoient

Le foyer d’Eysines peut recevoir 130 enfants. Avec ses grands espaces collectifs, son bâtiment livré en 2007 est jugé par ces salariés plus propice aux colonies de vacances qu’à l’accueil de ces enfants en difficultés sociales et/ou psychiques. « Avant cette lettre, nous signalions depuis un an en interne les dysfonctionnements. » déplore Stéphane Daniélou, éducateur spécialisé signataire, qui a préféré démissionner après vingt ans d’exercice.

« Au lieu de s’attaquer au fond du problème, poursuit-il, la direction a choisi de sanctionner des travailleurs sociaux qui ont osé parler de la mise en danger des enfants accueillis, et de leurs conditions de travail. On dissimule les problématiques derrière la loi du silence, alors que le problème de fond est que l’Agence régionale de santé doit ouvrir des instituts spécialisés. Faute de place, nous recevons des enfants dont les troubles relèvent de l’accueil en ITEP ou en IME. Ce serait tenable pour quelques jours, mais là ça peut durer jusqu’à trois ans ».

Une petite unité très coûteuse

Le Centre départemental de l’enfance et de la famille (CDEF) gère sept sites : le foyer d’Eysines est le plus important. « Cet établissement d’accueil inconditionnel a une mission difficile, répond Barbara Proffit, directrice adjointe du CDEF. Les éléments de constats étaient connus du département, de la justice et de l’ARS, et rapportés régulièrement. Nous mettons en place des dispositifs expérimentaux, nous discutons avec l’ARS et nous avons la chance d’être entendus par le département. Nous avons des perspectives d’amélioration avec des dispositifs adaptés et conformes aux exigences des services public ».

Elle en veut pour preuve l’ouverture récente d’un foyer de huit places destiné à des enfants de 8 à 12 ans. « Les enfants y sont accompagnés par un binôme composé d’un infirmier et d’un éducateur, précise la directrice adjointe. Dans cette petite unité médico-sociale, le quotidien est très contenant, ritualisé. C’est un dispositif très coûteux ». La décision du conseil de discipline sera rendue entre le 10 et le 15 octobre.