N° 725 | du 14 octobre 2004 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 14 octobre 2004 | Jacques Trémintin

Quatre saisons d’un éducateur spécialisé

Guy Delhasse


éd. Mémor, 2004 (120 p. ; 10 €) | Commander ce livre

Thème : Éducateur

Dix ans après la parution du premier tome de Quatre saisons, l’auteur nous propose un second tome. « Je ne regrette rien de ces vingt ans passés dans ce métier, affirme-t-il. Je m’étonne parfois d’avoir commencé si jeune, si peu armé ». C’est que depuis son premier contrat signé en 1979, Guy Delhasse est resté au même poste, dans le même internat. Sur une telle période, bien des changements sont intervenus. Les réformes se sont succédées, les ministres aussi, « comme autant de capitaines d’un train fantôme ». Que le lecteur se rassure, ce dont on parle ici, c’est de la Belgique (ouf !).

Le dernier texte en date promet une diminution du nombre de lits d’hébergement. C’est vrai que compte tenu de tout l’équipement qui les entoure, ces lits représentent 80 % du budget annuel du secteur. Pourtant, l’hébergement d’enfants en rupture familiale sera toujours nécessaire. « Notre métier marche à travers le siècle précédent depuis longtemps et j’ai comme l’impression que le suivant ne le verra pas disparaître ».

Mais il n’y a pas eu que cela. L’affaire Dutroux a profondément marqué les consciences. Les éducateurs sont plus attentifs, quand un enfant va acheter un bonbon à l’épicier du coin et tissent des relations plus étroites avec les policiers, quand ils signalent une fugue. Les hommes lavent avec encore plus de pudeur les petites filles, quand ce ne sont pas les éducatrices qui s’en chargent.

Mais les dernières décennies ont aussi été marquées par des mutations historiques qui ont fait passer les professionnels de simples subalternes à d’authentiques partenaires, d’accompagnateurs de groupe à concepteurs de projets individuels. Le travail est pourtant toujours le même : créateur d’humanité et d’intermédiaire entre les enfants et leur vie. Il faut les socialiser, les transfigurer, les passer à la machine à lessiver, leur faire quitter leurs oripeaux d’asociaux potentiels et leur faire revêtir le beau linge blanc, celui qui plaît tant à la société.

Que deviennent-ils, toutes celles et tous ceux qui sont passés par la maison d’enfants ? L’auteur reconnaît son incapacité à dire si le travail accompli a fourni plus de prostituées que de secrétaires, plus de chômeurs de minimexés (Rmistes belges). « Une chose est sûre : aucun d’entre eux n’est devenu ministre ou star de cinéma, sinon, ça se saurait. » La plupart vit une vie dans des conditions qui ne font pas injure aux efforts déployés pour les sortir de la marginalité.

La société a fait du silence une arme de domination. Elle nous a appris à nous taire sur l’essentiel et à bavarder sur l’accessoire. La prenant au mot, Guy Delhasse, s’est décidé, dans un curieux mélange d’anecdotes et de réflexions, à apporter sa contribution à mieux faire connaître et reconnaître sa profession.


Dans le même numéro

Critiques de livres