N° 735 | du 6 janvier 2005 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 6 janvier 2005 | Jacques Trémintin

Moniteur éducateur, un professionnel du quotidien

Philippe Gaberan & Patrick Perrard


éd. érès, 2004 (198 p. ; 13 €) | Commander ce livre

Thème : Moniteur éducateur

Si le métier d’éducateur spécialisé trouve ses sources dans la prise en charge des enfants porteurs de handicaps, celui de moniteur éducateur est le pur produit des moniteurs d’internat qui se multiplièrent après la seconde guerre mondiale. Les deux professions ont longtemps été mises en rivalité. Au premier, on a réservé la pensée et au second l’action. Pourtant, le moniteur éducateur n’est pas un sous éducateur spécialisé. Les auteurs en font la démonstration tout au long de cet ouvrage qui n’est pas un simple guide, mais une tentative de percer à jour le fondement même de l’acte éducatif.

Certes, la fonction du moniteur éducateur se prête mieux à l’internat où le travail de mise en vie peut être entrepris collectivement avec un partage des responsabilités. Alors que le profil de l’éducateur spécialisé colle plus à la démarche de milieu ouvert qui génère une plus grande solitude et une aussi grande imprévisibilité, l’action dans l’urgence face à une demande posée dans l’ici et le maintenant ne souffrant pas une réponse différée.

Pour autant, quel que soit le contexte, la démarche éducative requière les mêmes exigences. Celles par rapport à un savoir-faire qui ne se limite pas à des techniques apprises : trouver le juste équilibre entre impulser et forcer, promouvoir sans surestimer, protéger sans infantiliser nécessite l’acquisition d’une expérience qui vient relayer la seule intuition. Celles par rapport à un savoir-être qui se manifeste dans l’acceptation de délivrer une part de soi-même : « L’adulte est reconnu comme pouvant être un éducateur seulement lorsqu’il a été testé dans sa solidité et éprouvé comme susceptible d’avoir quelque chose à partager » (p.139). Celles encore par rapport à l’incontournable travail sur soi, indispensable à l’acquisition des compétences tant formelles (connaissance du public, des institutions, maîtrise de l’observation et de la communication…) qu’informelles (empathie, confiance en soi et en l’autre patience, sang-froid) : tel un miroir, la relation à l’autre renvoie d’abord à soi.

Et puis, il y a ce doute qui n’empêche pas d’agir mais qui rappelle sans cesse à la vigilance, tel un antidote à la toute-puissance. Car chaque jour renvoie l’éducateur à ses propres limites. Mais loin d’être une entrave, cette incertitude constitue la force du métier. C’est en ouvrant une brèche dans la technicité et le savoir-faire qu’elle fait émerger du même coup un espace-temps permettant la rencontre entre deux êtres. Rencontre qui se mesure aussi en prise de risque face à une proximité qui peut amener à une superposition et une confusion de rôle avec les parents.

Aider à grandir, c’est faire apparaître le je et amener à mettre du sens sur ce que l’on fait. Devenir professionnel, c’est aussi faire en sorte d’extraire des différents champs disciplinaires des sciences humaines les éléments qui permettront que la pratique fasse sens.


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