N° 1080 | du 25 octobre 2012

Critiques de livres

Le 25 octobre 2012 | Jacques Trémintin

Itinéraire d’un enfant placé

Yves Worme


éd. Baudelaire, 2012 (62 p. ; 10,50 €) | Commander ce livre

Thème : Protection de l’enfance

Yves Worme connaît bien les enfants pris en charge dans le cadre de la protection de l’enfance. Et ce, pour deux bonnes raisons. D’abord, parce qu’il est lui-même éducateur spécialisé. Ensuite, parce qu’avant d’exercer ce métier, il a vécu en home d’enfants. Cinquième d’une fratrie de dix enfants, il est placé à l’âge de trois ans, l’alcoolisation grave et répétée de sa mère conduisant au départ progressif de ses frères et sœurs d’un milieu familial peu sécurisant.

La biographie qu’il nous livre ici est précieuse. Elle permet de mesurer la quête affective qui va être la sienne tout au long de son enfance. Son besoin d’attachement est criant : se sentir important aux yeux de quelqu’un. L’enchaînement des professionnels qui se succèdent dans son internat ne le permet pas vraiment.

L’auteur évoque deux souvenirs particulièrement douloureux : le départ en retraite de la directrice en poste durant les dix premières années de son séjour (qu’il vivra comme un véritable abandon) et l’arrivée d’un nouveau directeur aux pratiques pédophiles (qui aura un effet destructeur sur sa personnalité en construction). La bienveillance et l’amour d’une famille de parrainage constitueront une véritable bouffée d’air lui apportant la continuité, la sécurité et l’affectif nécessaires à son évolution.

Autre trait marquant, la place du groupe de pairs qui joue un rôle compensateur, la solidarité qui s’y crée contribuant à compenser l’absence de références parentales. Et puis, il y a cette demande récurrente : apparaître comme un enfant « normal », ne pas être stigmatisé par son absence de vie en famille, ne pas être mal jugé parce qu’on vit en institution. Certains enseignants le comprendront. D’autres, non. « Sonder l’âme d’un jeune d’institution est une tâche ardue et de longue haleine », affirme Yves Worme.

Merci à lui, de nous permettre de mieux l’appréhender.


Dans le même numéro

Critiques de livres