N° 969 | du 15 avril 2010 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 15 avril 2010

AMP : le goût des autres

Katia Rouff

Thème : AMP

À l’institut médico-pédagogique (IMP) Marie-Auxiliatrice [1] de Draveil (Essonne), Jocelyne Munier accompagne tout au long de la journée un groupe de quatre enfants souffrant d’une déficience intellectuelle et de troubles du comportement

Dans la salle de jeux colorée, huit enfants entourent Jocelyne Munier et Audrey Doudet, aides médico-psychologiques. Jocelyne est responsable d’un groupe de quatre enfants sans langage verbal, âgés de six à sept ans, qu’elle accompagne dans tous les actes de la vie quotidienne. Pour l’heure, elle aide Timothée [2] à traverser la pièce pour rejoindre la grosse boule rose sur laquelle il aime se balancer. Un mouvement qui apaise cet enfant automutilateur et mal-voyant. Il porte des manchettes bleues en mousse sur les avant-bras pour éviter de se blesser en se frappant. Lorsqu’il est trop énervé, Jocelyne entoure son cou d’un long et épais boa afin qu’il ne tape pas la tête. Les autres enfants jouent, grimpent sur les genoux d’Audrey ou restent assis sur le tapis.

Une attention soutenue

Jocelyne travaille dans l’unité Mélodie qui accueille en internat trente enfants de l’IMP, âgés de cinq à douze ans. L’équipe constitue des groupes de quatre enfants en fonction de leurs difficultés. Les deux aides médico-psychologiques qui les encadrent se relaient de 8 heures à 20 heures pour assurer leur sécurité affective. Le rôle de l’AMP ? « Regarder l’enfant avant le handicap. Quelle que soit la lourdeur de son handicap, la profondeur de la bulle dans laquelle il se réfugie, l’enfant entre en relation avec nous, stimulé par des regards, des sourires, des paroles, dit Jocelyne. Nous devons aussi rassurer et soutenir l’enfant et sa famille, séparés pour la première fois. »

Elle apprend aux enfants les actes de la vie quotidienne d’une manière ludique (jeux, chansons, gestes..) afin qu’ils acquièrent de l’autonomie et se frottent à la vie collective. Durant le repas, ils doivent rester assis (sur une chaise adaptée) et attendre leur tour. Jocelyne aide Timothée à porter la cuillère à sa bouche, tout en veillant à ce que les autres enfants mangent sans quitter la table ni jeter leur assiette au sol.

Jocelyne valorise toute avancée de l’enfant vers l’autonomie : « Tu sais grimper sur une chaise ? Tu pourras alors monter dans la baignoire tout seul. » Gagner en autonomie permet aux enfants de rejoindre un autre groupe adapté à leurs nouvelles compétences.

Les journées de travail demandent à Jocelyne énormément d’investissement et d’attention. Elle surveille en permanence ces enfants inconscients du danger. Elle doit aussi accepter l’idée qu’ils puissent, par moments, régresser malgré les efforts déployés. Un métier difficile qui provoque des moments d’épuisement, notamment lorsque trop d’arrêts maladie ou des postes non pourvus alourdissent la charge de travail.

Cependant, Jocelyne pointe surtout les aspects positifs de son travail : « Un enfant qui joue prouve qu’il va bien. Entendre Timothée rire lorsqu’il est sur la balançoire est réconfortant. » Elle aime aussi travailler en équipe, chercher des solutions adaptées aux problèmes des enfants en lien avec le kinésithérapeute ou les éducateurs, et elle apprécie son rôle d’observation et de transmission aux membres de l’équipe pluridisciplinaire.

Câlin du soir

Le soir, chaque enfant a droit à un câlin et à un petit rituel. Un bisou pour Josy, une couverture bien bordée pour Pénélope et beaucoup d’attention pour Hassan qui pleure au moment du coucher. « Je le console en parlant des membres de sa famille, dont les photos entourent le lit, souligne Jocelyne. Puis, je dis bonsoir à chaque enfant en lui indiquant à quelle heure je le revois le lendemain. »


[1Il est géré par l’Association de Villepinte

[2Les prénoms ont été changés


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