N° 1220 | du 11 janvier 2018

Faits de société

Le 11 janvier 2018 | Marianne Langlet

AAH : l’illusion d’une augmentation

Thème : Protection sociale

L’allocation adulte handicapé va être augmentée jusqu’à atteindre 900 euros mais une partie des allocataires n’en verront pas la couleur.

« Une mesure sans précédent pour lutter contre la pauvreté des personnes en situation de handicap. » Le gouvernement se gargarise de l’augmentation de l’allocation adulte handicapé (AAH) comme de sa mesure phare pour prouver son engagement dans la lutte contre la pauvreté.
L’AAH va en effet être revalorisée de 90 euros d’ici 2019 selon le projet de loi de finances pour 2018. La première hausse de 50 euros devrait avoir lieu le 1er novembre 2018 pour parvenir à un montant de 860,89 euros. La seconde augmentation de 40 euros aura lieu le 1er novembre 2019. L’allocation atteindra alors 900 euros, encore sous le seuil de pauvreté fixé à 1 015 euros par mois en 2015, selon le tout récent portait social de l’Insee.

Les associations du handicap relativisent cette augmentation en alertant sur les nouveaux modes de calcul qui l’accompagnent. L’Association des paralysés de France (APF) estimant même qu’au final les perdants de cette réforme seront les plus nombreux. Dans un rapport spécial du Sénat présenté à la commission des finances pour l’examen des missions solidarité, insertion, égalité des chances du projet de loi de finances, cette augmentation est qualifiée de « revalorisation en trompe-l’œil ».

Les couples pénalisés

Les personnes vivant en couple – estimées à 230 000 allocataires – ou celles qui sont le plus lourdement handicapées et bénéficient du complément de ressources – 65 000 allocataires – risquent en effet d’y perdre au change. La nouvelle base de calcul pour les personnes vivant en couple, qui devrait être précisée par décret au 1er semestre 2018, va prendre en compte les ressources du conjoint.

Le plafond de ressources pour un couple sera baissé de 1 600 euros à 1 300 euros ce qui, selon l’APF, fera perdre le bénéfice de l’augmentation à de nombreux allocataires. La secrétaire d’État chargée des personnes handicapées, Sophie Cluzel, temporise devant les parlementaires en novembre en estimant que cette mesure ne toucherait « que » 19 000 personnes dont les revenus resteront inchangés.

Par ailleurs le gouvernement prévoit de fusionner le complément de ressource de 179,31 euros et la majoration pour la vie autonome de 104,77 euros en un seul dispositif, « dans une perspective de rationalisation et de simplification ». Le complément de ressources disparaîtra (cette suppression ne concerne pas les personnes qui en bénéficient actuellement mais toutes celles qui pourraient en faire la demande) au profit de la seule majoration pour la vie autonome, donc la moins coûteuse…

« Les principes de ces mesures vont à l’encontre de toutes les politiques du handicap menées par les gouvernements successifs depuis 1975 : la solidarité familiale avant la solidarité nationale ou encore la volonté d’aligner l’AAH sur les autres minima sociaux. C’est aussi une remise en cause de l’un des piliers de la loi du 11 février 2005 concernant la garantie de ressources des personnes en situation de handicap », alerte l’Unapei.

Enfin, la suppression de la prime d’activité pour les allocataires de la pension d’invalidité ayant un emploi vient compléter un tableau bien moins riant que celui avancé par le gouvernement. Une pétition contre ces mesures, lancée par 11 associations en octobre, dépassait les 40 000 signatures en décembre.